29 octobre 2011
R.401 – Faites chauffer la colle !
Pour vos chambres à air …
Pour vos pneus …
Pour tous vos caoutchoucs …
Utilisez la colle Dissoplast ! ...
Aujourd’hui je vous propose …
Non pas un tube …
Non pas deux tubes …
Non pas trois tubes …
Mais cinq tubes de colle Dissoplast ! …
Au prix inouïs de
Non pas vingt francs …
Non pas quinze francs …
Non pas dix francs …
Mais pour cinq francs ! …
Et en plus j’ajoute …
- … Un ballon crevé offert par Jérémi Laffuitte, intervient un comparse déguisé en clown, portant une valise en carton et un ballon sous le bras
-Et pourquoi un ballon crevé ?
- Ben pour voir comment qu’elle fait vot’ colle …
- Montrez moi votre ballon.
Jérémi s’exécute et présente un ballon décousu sur toute la longueur d’une bande de couleur
- Mais il est foutu ce ballon.
- Peut être mais pas ma valise, donnez moi un tube de colle …
- Mais vous êtes fou !
- Donnez vous dis-je.
- Bon d’accord.
Jérémi s’empare du tube et fait semblant de répandre de la colle tout le tour du couvercle de sa valise
- Mais vous êtes complètement fou !
- Quoi ?
Jérémi n’arrivant plus à ouvrir la valise la retourne dans tous les sens et tout à coup, appuyant discrètement sur un coin de son fond celui-ci s’ouvre et libère son contenu de veilles chemises.
Applaudissements du public.


22 octobre 2011
3-130 –J’ai fait un (mauvais) rêve
_ Coupe ! On refait… Monsieur, vous pouvez marcher moins vite ?
_ Je vais essayer. C’est vrai que je marche vite, très vite même. Trop vite pour beaucoup. Mais j’adore marcher. Marcher pendant des heures, le nez au vent. De préférence en ville pour m’imprégner des ambiances des quartiers traversés. Pour faire de la sociologie ou de l’ethnographie de comptoir. Mais ce matin, ce n’est pas pour bader le nez au vent que Nicolas Célacey brave une température très voisine de zéro. Non, c’est pour répondre à l’appel d’une dame qui a su trouver le bon angle d’attaque : le faire parler de nos chères miniatures.
Et il est là à marcher et parler dans la rue. Les passants sont un peu surpris de voir un inconnu se faire filmer. D’habitude c’est une tête connue, artiste ou politique. Là ils ne connaissent pas !
_ Bon, on la refait et vous vous arrêtez au kiosque !
La séquence reprend et il va plus loin. Et cela dure, dure, dure… il marche, remarche, recommence. Il marche… sur place. Il fait du surplace et cela l’agace…
_Hé ! Dis-donc !
Il sort des brumes brutalement. Tout est noir. C’est sa femme, allongée à ses côtés, qui a crié :
_ Pourquoi tu me donnes des coups de pieds ?
_ Excuse-moi, j’ai du rêver.
_ Et à quoi tu rêvais pour me donner des coups de pieds ?
_ Je rêvais que je marchais.
_ Et bien marche de ton côté…
Et elle se rendort. Lui, ne retrouve pas le sommeil. Ce n’est pas dans ses habitudes de faire des cauchemars. Il dort plutôt bien et longtemps. Alors il cherche à comprendre pourquoi celui-ci ? Ce n’est pourtant pas un simple coup de fil qui pourrait le perturber ainsi.
D’accord il ne s’est jamais trouvé devant l’objectif d’une caméra mais il a l’habitude de parler en public. Et il a vu comment faisait les autres. Alors où était le hiatus ? Le hic ?
Arrivé à ce point de cette historiette, l’auteur se trouve piégé dans son récit qui ne cadre plus du tout avec les photos devant l’illustrer. Que faire ? Tout abandonner et commencer un autre récit ? Que nenni. Il lui suffit de se transporter quelques jours plus tard. Lors du tournage effectif…
Et le jour dit, il fait un beau soleil. Il ne fait pas pour autant une forte chaleur. Mais n’oublions pas que nous sommes en automne. Le petit Nicolas – 1 m 65 - se retrouve à vivre son cauchemar. Il doit marcher vers le kiosque à journaux.
_ Coupe ! On refait… Monsieur, vous pouvez marcher moins vite ?




08 octobre 2011
2-125 - Fric-Frac chez les Lefort
Afin de répondre aux lecteurs de ce blog qui se pleignent de l'impossibilité d'accéder aux délires publiés sur les blogs Fcfretrovision et Fcfretrovision2, aujourd'hui fermés suite à la disparition de leur hébergeur, je vais tenter de reprendre sur celui-ci les délires les plus intéressants, sans y toucher une virgule.
Ces délires se distinguent par leurs numéros qui commencent par 1 ou 2 suivant le blog sur lesquels ils ont été publiés en leurs temps. Celui d'aujourd'hui l'a été bien avant la sortie de la barquelle Matra-Simca que l'on voit à l'état de prototype - absence de toute peinture. Les initiés pouvaient ainsi la découvrir en primeur, avant les autres. Bonne (re) lecture.
1ère partie
Touhautour est en émoi. Pensez donc, dès sept heures 30 ce matin le bruit s’était répandu dans tout le village. On avait cambriolé le garage des Lefort.
_ A Bielles ?
_ Non, ici, au bourg
_ ????
_ Ben z’êtes pas au courant ? Z’ont quitté Bielles y a 15 jours
_ Et ils sont où maintenant
_ Ils ont repris le vieux garage Citroën. Z’étaient trop à l’étroit qu’ils ont dit quand ils ont acheté.
_ Ah bon ! Et qu’est-ce qu’on a volé ?
_ Paraît que ça vaut des millions mais z’ont pas voulu le dire… jamais tant vu de gendarmes…
C’est vrai que si l’on s’approche de ce garage l’on voit des voitures de gendarmerie stationnées. Et si vous pouvez entrer ce sont les gendarmes que vous verrez terminant leur enquête de proximité.
Qu’est-il donc arrivé de si grave pour en déplacer autant ?
Pour comprendre il faut remonter quelques heures auparavant.
Ce matin là, lorsque vers 7 h 00 Cédric Lefort fit l’ouverture du garage il eut une intuition. On avait visité les lieux. Aussi avança-t-il avec prudence se contentant de bien regarder partout sans toucher à rien. Cependant tout semblait en place. Tout le matériel coûteux était bien là. Les voitures aussi. Elles semblaient telles qu’il les avait laissées le samedi soir. Et pourtant, au fur et à mesure qu’il poursuivait son inspection le sentiment qu’une visite avait eut lieu ces dernières 24 heures l’envahissait. Voulant en avoir le cœur net il appela son père qui arriva quelques minutes plus tard.
Ils refirent un tour mais ne constatèrent rien de particulier. Il ne manquait rien dans l’atelier de mécanique.
_ T’as dû rêver lui dit son père…
_ Non, j’t’assure. Quelqu’un est entré. Je le sens.
_ Et qu’a-t-il fait s’il n’a rien volé ?
_ J’en sais rien, mais je suis certain que quelqu’un a visité l’atelier.
_ Bon, bon, j’appelle les gendarmes.
Ceux-ci furent rapidement sur les lieux et procédèrent à leur tour à l’inspection du garage. Mais leur investigation se solda par le même résultat. Et pourtant Cédric avait raison. Il y avait bien eut de la visite et même vol. (1)


2-126 Fric-frac chez les Lefort
2ème partie
Sur le coup des 11h30 le téléphone sonna. Rémi Lefort décrocha.
_ Garage Lefort. J’écoute…
_ Papy Rémi, c’est Robinson (2).
_ Bonjour tu veux ton père ?
_ Non. Tu peux aller sur internet ?
_ Tu sais très bien que ce machin là m’intéresse pas.
_ T’as tort Papy. Va sur internet j’ t’ dis.
_ Et pourquoi tiens-tu tant à ce que j’aille sur internet ?
_ Y a des photos du garage.
_ Et alors, c’est permis à tout le monde de photographier les bâtiments.
_ Mais non Papy. Des photos de dedans…
_ Dedans ?
_ Ouais et on voit même tes autos
_ Hein ! Quelles autos ?
_ Ben celles que vous préparez pour le film.
_ T’es au courant de ça aussi ?
_ Ben ouais. C’est écrit sous les photos.
_ Cédric !!! Appelle son père par la porte ouverte, viens ici.
_ J’arrive…
_ Qu’y a-t-il ?
_ C’est ton fils Robinson qui dit qu’il y a des photos du garage sur internet.
_ Et alors ? C’est moi qui les ai mises lorsque j’ai créé le site du garage…
_ Toi ? T’as aussi mis les photos des voitures ?
_ Quelles voitures ?
_ Celles pour le film.
_ T’es fou ou quoi ? C’est top secret ! Non c’est pas moi. Passe-moi Robinson.
_ Robinson ? C’est quoi cette histoire ?
_ Oh Papa, c’est pas une histoire. En cherchant de la doc pour mon exposé je suis tombé sur un blog où y a des photos du garage.
_ Ouais ça Papy me l’a déjà dit.
_ Y a des photos des autos aussi. On les voit mal mais on voit bien que c’est des voitures de courses.
Ils disent qu’elles sont destinées à Lucien Levon pour le tournage de « Le drapeau à damier » sur la carrière d’Alain Jexion.
_ Tu peux me donner l’adresse ?
_ Bien sur. C’est www.jesuiscap.com rubrique vos photos et c’est le troisième sujet d’aujourd’hui.
_ Merci . Je regarde tout de suite.
Et en effet, sur l’écran s’étalent les photos prises par un certain Dexju un peu avant 2 heures du matin.
_ Papa, regarde ! J’avais raison. Quelqu’un a bien visité le garage.
C’est à ce moment là que Martine, la femme de Rémi et en charge de l’administration du garage, se penche aussi sur l’écran.
_ Rémi ! Viens voir ! T’as vu ça ?
_ Quoi ? Qu’est-ce qu’il a encore ?
_ Ben. On a été aussi cambriolé.
_ Hein ! Que dis-tu ?
_ Regarde bien là. Tu ne remarques rien ?
_ Oh merde ! Pardon.
_ Allo ! La gendarmerie ? Faudrait revenir car j’ai un vol à déclarer… Merci.

_ (1) et vous avez-vous découvert ce qui a été volé? Je vous laisse chercher
_(2) 11 ans, fils de Cédric et petit fils de Rémi Lefort
14 août 2011
Tu pisseras moins !
… Tu pisseras moins !
Quel titre ?!?
Moi qui comptais vous présenter l’inauguration, par M. le Maire de … de la réhabilitation du quartier dit des Pieds humides, situé juste en face de l’Assiette bressane. Ben c’est quelque peu raté, à cause du temps qui n’est pas à l’unisson. Séances de photos successives et interrompues par quelques gouttes d’eau. Juste un petit pipi de chat, histoire de me faire ranger le matériel et le ressortir quelques minutes plus tard, pour le replier encore et encore. N’exagère pas ! T’es plus dans le midi aujourd’hui. Trois séances quand même. Mais bon… En voici le résultat.
Oui, je disais… Où plutôt, c’est Albert Villes qui s’en prend à Clément Thalot :
_ T’as raison ! Continues de pleurnicher sur ton sort… Tu pisseras moins !
_ Tu comprends pas ! Moi j’habitais au premier…
_ Et alors, tu vas y revenir maintenant qu’ c’est tout neuf.
_ Ouais, mais j’ai perdu mes repères !
_ Tu parles de repères. Un vrai repaire que ton appart ! Une vraie misère, avec l’eau sur le palier et les chiottes communs à mi étage. T’appelles ça des repères ? Un vrai taudis qu’ t’habitais.
_ P’t’être. Mais j’avais mes habitudes.
_ Tu parles ! Tu pues le pipi de chat à cent mètres à la ronde. Va falloir te laver maintenant…
_Sais pas faire !
Oublions un peu les deux compères, pour faire le tour du propriétaire. Enfin, celui de l’office départemental d’équipement territorial et de l’environnement, en un mot, l’Odéte.
L’Odéte, vient de réhabiliter tout un pâté de maisons dont la maîtrise d’œuvre a été confiée à M. Hervé Waguet. Celui-ci en a profité pour restaurer une petite maison de ville pour parfaire l’ensemble.
Pressé par les prochaines municipales, le Maire de… n’a pas voulu attendre que les finitions soient achevées pour réceptionner les bâtiments. Il a décidé de les inaugurer au plus vite.




01 mai 2011
Aïe! Mes reins !
Aïe ! Mes reins !
_ T’as bien dit 1.282 km ?
_ Je confirme.
_ Et de quelle année elle est ?
_ 2008.
_ T’es bien sûr de ton coup ?
_ Oh que ouais. C’est du plus que sûr.
_ Et c’est quoi cet’ embrouille ?
_ Ce n’est pas une embrouille… Juste une histoire de dingues.
_ Raconte… Tu m’intéresse tout d’un coup.
_ Il faut revenir en 2008….
Comme tout jeune joueur de foot professionnel venant de signer son premier contrat en ligue 1, Roberto Garcia-Torres qui venait d’intégrer l’OL, tout content de ses premiers succès, s’empressa d’aller s’acheter une belle voiture de sport. Il se rendit à Dardilly (69) où il jeta son dévolu sur la nouveauté Lamborghini du moment, une Gallardo Superleggera jaune métallisée.
A peine les formalités administratives remplies, il en prit le volant et mit le cap sur Cannes pour revoir les copains de son club de formation. Il se pavana devant eux et rentra sur Lyon dans la nuit. Arrivé dans le lotissement où se trouvait sa villa « de fonction » sa voiture se trouva face à un gendarme couché qu’elle ne put franchir, tellement sa garde au sol était basse. Il descendit de voiture et constata que la forme du dos d’âne ne lui permettrait jamais de passer sans endommager le dessous de sa voiture (1). Il n’y avait pas pensé lors de son achat. Il téléphona à un autre joueur qui accepta d’héberger sa voiture pour le reste de la nuit dans sa cour fermée. Et dès qu’il le put, il chercha à la revendre.
Et c’est ainsi que Pancrace Palavet c’était vu proposer cette Lamborghini qu’il s’empressa de faire rentrer et que Phil Desbaff présente aujourd’hui à des clients potentiels…
_ Comme vous pouvez le constater, elle a moins de 1.500 km.
_ Doit avoir un loup !
_ Pas du tout, seulement son propriétaire ne pouvait pas rentrer chez lui avec.
_ L’avez peur de sa femme ?
_ Il n’était pas marié. Juste qu’elle était trop basse par cela.
Et Phil Desbaff de raconter l’histoire…
_ C’est vrai ça, tu t’ vois t’arrêter à chaque gendarme couché et descendre pour voir si tu peux le franchir sans rien abimer dessous ?
_ Ben la moyenne va lourdement chuter…
_ Et les curieux sur les trottoirs, tu les imagines ? Hilares qu’ils seraient à se foutre de ta gueule… Ah, voulait frimer avec sa caisse, ben l’est bien couillonné ce coup ci.
_ Ben, tu vois, les GPS, c’est pas les radars qu’ils devraient signaler…
_ Et c’est quoi alors ?
_ Ben tous les obstacles que l’on met sur les routes pour t’obliger à ralentir. Ça soulagerait bien des vertèbres !


…..
Et Roberto Garcia-Torres de troquer sa Galardo contre une Jepp Grand Wagoner avec laquelle il n’eut aucun mal à franchir l’obstacle.

_(1) situation vécue et résolue d’une autre façon.
21 avril 2011
Mon chien l'a tuer !
Centre ville de Maizy lès Piay, le pâté de maisons où se situe l’action.
L’atelier de carrosserie D.K. Bocet se trouve derrière l’entrepôt de Madame Bricole, dans le passage des Oubliés, qui est parallèle à la Rue du Commerce où se trouve l’Assiette Bressanne.


_ Et tu te dis mon ami ?
_ Ben, Gérard, faut pas t’ mettre dans ses états là…
_ T’es gonflé, d’ m’ dire ça… Tu tombes sur un coup, et tu m’en causes pas !
_ T’étais pas chez toi, et puis j’avais pas mon portable sur moi.
_ Que tu dis ! Que tu dis !
_ Ecoute, t’as rien perdu du tout car le nouveau flic n’a pas voulu de mon aide…
_ Quoi !
_ Non, j’ t’assure, il m’a viré comme un malpropre…
_ Faut dire qu’avec ta barbe de trois jours, t’es pas nickel-chrome… Mais de là, à te chasser… Quel con ! Au fait, raconte moi plutôt ce qui c’est passé.
_ J’étais à l’Assiette bressanne en train de boire un café lorsque tout à coup la porte s’ouvre brutalement sur un type qui entre, tout affolé …
_ C’est la faute à mon chien ! C’est la faute à mon chien !
_ Vous divaguez.
_ Non, j’ vous qu’ c’est la faute à mon chien.
_ Et qu’est-ce qu’il a fait vot’ chien ?
_ Il a tué le clodo !
_ ???
Mais revenons un peu quelques minutes en arrière, alors que Maurice Toret-Paleur vient se sortir Rictus pour faire ses besoins matinaux… Comme à l’accoutumé, il entreprend de faire le tour du pâté de maisons et libère son chien lorsqu’il entre dans le passage des Oubliés. Et oui, j’y peux rien. C’est son nom. En hommage à tous les anonymes qui n’ont pas eu le droit de voir leur nom apposé sur une plaque, quelle qu’elle soit. Rictus en profite alors pour se mettre à courir et à renifler dans tous les coins, recoins et autres lieux pour y marquer son territoire. C’est du moins ce qu’il faisait jusqu’à ce matin.
Car ce matin, il a fait autre chose ? Il semblerait que oui d’après le récit qui va en être fait.
_Vite, le téléphone ! Vite…
_ Ben Maurice, tu dis même plus bonjour ce matin ?
_ Scuse Patron, j’ai pas le temps, ‘pelle les flics ! Vite… Y a un mort !
C’est ainsi que l’histoire commence vraiment. Lorsque Maurice Toret-Paleur, ouvrier métallo arrive en courant à 6h55 au comptoir de l’Assiette Bressanne pour appeler les gendarmes.
_ La gendarmerie ?
_ Ouais, Gendarme Louidouse à l’appareil.
_ Venez vite, y a un mort aux Oubliés ?
_ Où ça ?
_ Aux Oubliés, j’ vous dis, à côté du carrossier.
_ Vu, c’est qui ?
_ J’ crois bien que c’est le Marsupilami.
_ ???
_ Ben quoi, le clodo… Celui qui s’ vante d’avoir tout fait avec sa queue…
_ Vous parlez du vieux beau ?
_ C’est ça de l’ancien bellâtre. L’est mort, j’ vous dit. Mon chien l’a tué…
_ Quoi ? Votre chien ?
_ Ouais ! Mon clébard, l’a fait tomber le charbon dessus…
_ ??? On arrive. Z’êtes où d’ailleurs ?
_ A l’Assiette.
_ Restez-y, on arrive de suite.
_ J’ bouge pas.
Si Maurice Toret-Paleur ne bouge pas et demande une fine au patron pour se remonter le moral, un client se lève, pose de la monnaie sur le comptoir et sort en disant au-revoir. Une fois dans la rue, il cherche à se repérer et très vite prend sur sa gauche et tourne au coin de la rue. Il passe devant le garage Ducoin et tourne encore à gauche. C’est peut-être plus long par ce côté se dit-il, mais au moins je verrai venir les gendarmes.
Il a quand même le temps d’arriver sur le lieu du drame. En effet il y a bien un corps dissimulé sous un tas de sacs de charbon qui ont basculé. Il y a même un chien qui a subi le même sort. Ecrasé par d’autres sacs. Il tourne autour sans rien toucher. Observe. Recule. Change d’angle d’observation. Il aimerait pouvoir monter sur quelque chose mais ne trouve rien. Il va pour se pencher lorsque…
_ Hep, vous là, qu’est-ce que vous faites !
_ Du calme, dit-il en se redressant et retournant très lentement, j’observe seulement.
_ Et de quel droit ? S’il vous plait ?
_ Barbosa. Pedro Barbosa, détective privé madrilène.
_ Laisse tomber Hubert, j’ l’ connais bien. L’a déjà aidé sur d’autres affaires (1).
_ Laissez tomber ! T’en as de bonnes, il a rien à fiche ici. Et se tournant vers lui, Hubert Louidouse, lui demande de quitter les lieux et de l’attendre à l’Assiette.
_ J’en sors de l’Assiette. J’ai entendu ce qu’a dit le type qu’a trouvé le corps.
_ Et alors ? En quoi ça vous regarde ?
_ Oh moi ? En rien. Juste que ça m’intriguais l’idée que ce soit son chien qui ait tué le clochard.
_ Et maintenant ?
_ J’ y crois plus du tout.
_ Et pourquoi ça ?
_ Z’avez qu’à faire votre enquête !
Et sur ce Pedro Barbosa, puisque c’est bel et bien lui, s’en retourne à l’Assiette dans l’attente de son audition par les gendarmes.
Gendarmes vite rejoints par Maurice Toret-Paleur très pale et flageolant, soutenu par une gendarmette auxiliaire.
_ Pouvez-vous nous raconter ce qu’il c’est passé ?
_ Ben, comme tous les matins, j’ai sorti Rictus pour qu’il fasse ses besoins… On est entré dans le passage et il s’est mis à fouiner comme il fait tous les jours… Mais ce matin il s’est mis à aboyer au mort, mais pas trop fort. Plus un grognement qu’un aboiement… Sur le coup j’y ai pas fait attention… C’est en repensant à la chose que ça m’est revenu.
_ Poursuivez.
_ Il est venu vers les sacs de charbon, tout en continuant de grogner. Il s’est figé un instant et a aboyé. Il s’est mis à gratter, couiner… Les sacs ont basculé sur lui… Il a juste gémi un dernier coup puis plus rien… Des larmes lui montent aux yeux, qu’il essuie d’un revers de manche.
_ Continuez, je vous prie. Qu’avez-vous fait et vu ?
_ J’allais pour dégager mon chien, lorsque j’ai aperçu les jambes du Marsup… Enfin du clochard. Et que j’ai couru vous appeler.
Après leurs premières constatations, les gendarmes, relayés par leurs spécialistes scientifiques arrivés à leur tour, entrent à l’Assiette et s’isolent avec Pedro Barbosa dans la salle du premier.
_ Sommes d’accord avec vous. C’est pas le chien qu’a fait tomber les sacs sur le clochard.
_ Ni les sacs qui l’ont tué. Leur réplique Pedro Barbosa.
_ ??? Z’êtes bien affirmatif. Z’êtes dans le coup ?
_ Puis quoi encore ? D’abord pour l’affaire du peintre. Une fois ça va. Faudrait pas exagérer. (1)
_ C’est quoi c’t’embrouille ?
_ Je te raconterai Hubert. C’est une vieille affaire que Monsieur a aidé à résoudre.
_ Bon, bon, ‘mettons que j’ai rien dit.
_ Admettons ! Je disais que je ne crois pas que la chute des sacs de charbon soit la cause de la mort du clochard. Il était mort avant.
_ Pouvez préciser ?
_ J’irais même à dire qu’il a été tué.
_ ??? Z’êtes fortiche ou devin ?
_ Seulement observateur.
_ Et qu’avez-vous observé ?
_ Juste la position du corps.
_ Et vous en avez déduit tout ça ?
_ Ouais ! Z’êtes épaté on dirait.
_ Sur le cul, serait assez juste. Pouvez-vous détailler ?
_ Bien sûr. Vous avez déjà vu des gens dormir dans la rue perpendiculairement à un abri ? Moi pas.
_ C’est vrai ça. Mais il était parallèle au mur du garage.
_ Oui, mais à plus d’un mètre de lui… C’est bien loin pour s’abriter un peu.
_ Exact. Mais ça n’explique pas votre théorie.
_ Ma théorie, comme vous dites, c’est qu’on l’a tué ailleurs et qu’on est venu le déposer là. Et qu’ils étaient plusieurs à le porter, d’où la distance par rapport au mur. Et puis, ils ont fait tomber les sacs pour le cacher et faire croire à une mort accidentelle.
C’est à ce moment là que le légiste rejoint les gendarmes.
_ Alors ?
_ Je crois que Monsieur a raison. Il porte des traces de strangulation mais pas de trace de coups.
_ Ils l’ont endormi avant !
_ Vous y étiez ?
_ Vous n’allez pas vous y mettre à votre tour ? Roger, dites lui qui je suis …
_ Et comment ont-ils opéré ?
_ Oh, vous le savez très bien il leur suffisait d…
_ C’est possible en effet. Z’avez fait des études de médecine légale ?
_ Non, juste lu des rapports d’autopsie… (2)
_ On vous communiquera le résultat lorsqu’on aura fini.
Et pendant ce pendant, au comptoir :
_ Au fait, c’est qui le macchab ?
_ Ben, le Marsup’…
_ Non, je veux dire, son vrai nom ?
_ Heu, attends ! Et Clément, c’était quoi le nom de longue queue ?
_ Horace Nelson je crois…
_ Comme l’Amiral ? Et d’éclater de rire…
_ Pourquoi qu’ tu rigoles Albert ?
_ Parce qu’il est mort à coup de boulets !
_ (1) Cf. Tiens bon le pinceau – Au fait, savez-vous s’ils ont trouvé le coupable ? Je n’en ai plus entendu parler.
_ (2) et moi, « La colline des chagrins » de l’écossais Ian Rankin




31 mars 2011
Le coup de Barth
Barth Ferari, ou si vous préférez Barthélémy Ferari (Oui, oui, avec seulement deux r dans son nom, ce qui le fait râler depuis sa plus tendre enfance où il entendait son père se plaindre de cette situation. Parait que la faute en incomberait au curé de la paroisse qui l’aurait mal orthographié !?!).
Donc Barth Ferari était un trentenaire assuré, célibataire qui commençait à s’endurcir, qui aimait conduire. Au point qu’il était devenu cariste. Il passait ses journées de travail à sillonner les rayonnages des entrepôts, à décharger les palettes ou à sortir les articles achetés. Il se régalait à aller le plus vite possible, d’un point à un autre, à faire preuve de dextérité pour poser où retirer au plus haut. Il se croyait au volant d’une F1.
Faut dire, à sa décharge, qu’après le divorce de ses parents, sa mère s’était mise en ménage avec Pietr Dimitri Tremanov, un roumain qui était arrivé un beau matin avec son Kamaz et une Lada dans la benne. Depuis celui-ci travaillait à la carrière où il chargeait des blocs de pierre qu’il transportait jusqu’à la cimenterie voisine. Un concurrent peu dangereux pour les Transports Marcel.
Pour se faire bien voir de Barth, Pitr lui donna sa Lada qu’il venait de remplacer par une des premières Logan arrivées en France.
Ce n’était pas avec elle qu’il allait faire la conquête d’une femme. Aussi se contentait-il de retrouver ses potes comme tous les soirs pour faire un billard ou des parties de fléchettes. Et, une fois par mois, le vendredi suivant la paye, ils faisaient le tour des boîtes des environs. Tour vite fait, car il n’y en avait plus que deux depuis qu’un casino avait ouvert à Jessuy sur Piay.
Casino où ses copains le trainèrent un soir pour voir comment c’était.
_ Messieurs vous ne pouvez pas entrer.
_ Et pourquoi donc ?
_ Faut une tenue correcte.
_ Et l’est pas la nôtre ? Bouffon !
_ Restez poli s’il vous plait…
_ De quoi !
_ Calmez-vous. Vous pouvez pas rentrer avec vos baskets et vos tee-shirts.
_ Quoi ?
_ Devez mettre des chaussures et une veste…
_ Et un nœud pap’ aussi ! Pendant t’y es ! T’es naze où quoi ?
_ Monsieur, restez courtois, s’il vous plait. Non la cravate n’est plus exigée.
_ Encore heureux, mon con. Bon les gars, on retourne.
Et une heure et demie plus tard, voici notre équipe de retour. Sapée pire que pour un 31. Qui avec des Santiag à bascule, qui avec des mocassins avec les glands dessus, qui avec le jean à franges ou à pattes d’eff. Sans oublier le blouson en cuir, à multiples zips. De vraies gravures de mode de l’époque YéYé avec des chemises à larges carreaux et rabats de poches. Ils avaient fait les penderies d’un ancien costumier de cinéma de leur connaissance. Ils avaient même mis des postiches les dotant d’une belle banane sur la tête. De vrais Didier l’Embrouille, si vous voyez c’ qu’ j’ veux dire.
_ Et là, Mec, on peut entrer comme ça ?
_ C’est limite, mais bon, pouvez y aller.
_ Salut.
Et les voila franchissant l’entrée, puis le hall et enfin foulant l’épais tapis de la première salle de jeux, en fait, un autre hall où se côtoient une trentaine de bandits manchots. Ces fameuses machines à sous qui obnubilent les américains, lesquels bouffent leurs sots seaux de pop-corn ou sirotent leur bière d’une main, pendant que l’autre pompe dans l’espoir de rafler la mise.
Après les formalités d’usage, les voici nantis de gobelets remplis de monnaie. Ils se répartissent devant les appareils et en voiture Simone, c’est à qui recevra le premier quelques piécettes de gain.
Au bout de trois quarts d’heure, les voici à cours de monnaie. Rincés, sans rien avoir gagné.
_ Allez, les gars, on s’ casse.
_ Attends, m’en reste encore deux à jouer !
_ Grouille, j’ai envie de pisser.
_ T’as qu’à y aller pendant qu’ j’ termine.
_ D’ac, on se retrouve à la sortie.
_ D’ac… Et Barth de jouer ses dernières piécettes.
La première ne donne rien. La seconde lui échappe des doigts et roule par terre. Il se lève de son siège et se baisse pour la retrouver. Profitant de cette situation, un client lui pique sa place.
_ Z’êtes gonflé. C’est ma place !
_ Plus maintenant lui répond l’importun, z’avez qu’à prendre la mienne, en mettant une pièce dans la machine et actionnant la poignée… Perdu… Bien fait, lui réplique Barth qui glisse son ultime pièce dans la machine abandonnée par celui qui a pris sa place.
_ Ben, qu’est-ce’ tu fous encore là, Barth ? On t’attends !
_ Le connard là, m’a piqué ma place !
_ Et alors ?
_ J’ joue sur celle-ci.
_ Ben grouille !
Barth actionne la poignée. Les symboles s’animent et s’immobilisent. Il regarde l’écran et ne remarque rien de particulier. Ce n’est qu’au moment où il commence à se lever que tout se déclenche. D’abord un gyrophare orange s’allume, une sonnerie retentit et son écran s’anime à nouveau. Il y voit une sorte de compteur, comme sur les pompes à essence, où les chiffres tournent, tournent et finissent par s’arrêter. Pendant ce temps ses potes se sont regroupés autour de lui. Les autres joueurs, qui ont compris, s’agglutinent autour. Le compteur s’arrête enfin et affiche un gain de 957.865 euros. Le jakpot vient de tomber.
Barth se tourne vers celui qui lui a piqué sa machine.
_ Bien fait pour ta gueule, co…
_ Barth, calme-toi. T’as gagné le jackpot.
_ J’ai bien vu. Bien fait pour lui…
Le gérant du casino arrive et félicite le gagnant. Il offre le champagne à tous les clients présents.
_ Et qu’allez-vous faire avec cet argent ?
_ M’acheter une voiture à mon nom !
_ Qui est ?
_ Ferari, mais avec deux r seulement…
_ Heureusement que vous ne vous appelez pas Lada…
Et c’est ainsi que Barth se retrouva quelques temps plus tard l’heureux propriétaire d’une Ferrari 288 GTO qu’il venait d’acheter d’occasion. Lui qui n’avait jamais pu dépasser les 125 km/h, il se trouvait au volant d’un bolide qui pouvait aller presque trois fois plus vite. Encore eut-il fallu qu’il existe des routes susceptibles de le lui permettre.
Il se morfondait à rouler à 90 km/h sur les rares portions des départementales où il n’y avait pas de limitations à 70 km/h pour la traversées des hameaux et autres lieux-dits.
Un jour les gendarmes du canton eurent pitié de lui. Leur amicale venait de retaper une 403 avec son Trafipax et cherchait le moyen de l’étalonner pour voir s’il fonctionnait bien. Alors, la départementale 561 fut fermée à la circulation sur une portion de près de 4 kilomètres comprenant une ligne droite de 2,854 m de longueur, foi d’employé de la DDE.
La 403 fut placée aux deux-tiers de celle-ci, face à la Ferrari. Après deux allers-retours Barth passa devant la 403 à 237,18 km/h, là où habituellement la vitesse est limitée à 70 km/h en raison de maisons d’habitation. (1)
Depuis cet instant, Barth ne rêve plus que de cette vitesse lorsqu’il se trouve au volant de son Fenwick dans les travées de l’entrepôt de « Madame bricole », le magasin de bricolage qu’il vient d’ouvrir à Maizy-lès-Piay et dont il est le propriétaire.
C’est Mathilde qui le gère, ravie de jouer à Madame la P.D.Gère depuis qu’elle a accepté de partager son lit. Faut dire, que savoir qu’il y a une vraie Ferrari dans le garage, ça épate davantage les copines et les autres femmes, qu’une simple Twingo. Car, faut bien vous l’avouer, depuis elle ne sort quasiment plus, la belle Ferrari.
_(1) La pluie étant arrivée avant la fin de la séance photos, je n’ai pu prendre celles du chronométrage…




28 mars 2011
Retraité! Que vous dites ...
Vivement la retraite ! Qu’il disait, le père Ghiles Ducoin (1). Et lorsque l’heure sonna, il remit les clés de son garage à son chef mécano qui, aujourd’hui, continue l’affaire sur la zone d’activités de Cernois. Ghiles Ducoin s’en retourna à Trainons lès Piay où il avait acheté une vieille station service qui avait fermée quelques années plus tôt, après le retrait de son panonceau. Féru de mécaniques, il mit à profit ses loisirs à retaper une vieille Aronde 1300.
Puis il trouva vite le temps long. Il commençait à tourner bourrique et à encombrer sa femme. Laquelle un beau matin lui dit qu’il devrait s’y remettre. Il ne serait plus dans ses pattes. Et surtout, qu’il ne râlerait plus pour un oui ou pour un nom. Non, non, il n’y a pas de faute d’orthographe, car il râlait bien aussi lorsqu’il n’arrivait plus à trouver le nom qu’il cherchait.
_ Tu sais bien, c’est c’lui qu’avait une 504 grise. J’avais refais son joint de culasse, qu’avait laché du côté de chez le Raymond…
_ Le pharmacien de Ménoies ?
_ Ouais, lui !
_ Tu veux parler de Médy Camant ?
_ C’est ça…
A force de pression, pas trop forte la pression, il avait fini par céder. Du moins c’est l’impression qu’il voulut donner à sa femme, trop content de remettre les mains dans la mécanique. Il avait enfin repris le collier et avait ouvert un petit atelier de réparation au rez-de-chaussée où il travaillait de temps à autre. Le bouche à oreille aidant, quelques uns de ses anciens clients revinrent lui confier l’entretien de leurs voitures. Pour faire face à l’augmentation de travail, il prit sous son aile, un jeune prénommé Bilel (2), dont il fit son apprenti.
Une fin d’après-midi, il vit arriver en pleurs une de ses petites-filles, Nathalie, alors âgée de 24 ans et mariée à Deniz-Cadet Bocet qui travaillait comme ouvrier carrossier à Lézieux-Cernès.
_ Que t’arrive-t-il, ma p’tit Nath ?
_ C’est Dé-Ca.
_ Vous vous êtes disputés ?
_ Non, d’ c’ côté-là, ça baigne.
_ Alors ?
_ C’est son boulot… Enfin, il l’a perdu.
_ Comment ça, perdu ?
_ S’est embrouillé avec le Clément…
_ Pourquoi ?
_ Sais rien, moi. Faudra lui demandé à lui… Il arrive.
Et, en effet, quelques minutes plus tard ils entendirent crisser les gravillons dans la cour. Suivit le bruit sourd d’un freinage appuyé et enfin, une portière claquer. Puis ce fut le grand silence…
Ghiles, Bétrice sa femme et Nathalie se regardèrent en silence jusqu’à ce que la porte s’ouvre sur un Deniz-Cadet à l’apparence calmé mais aux traits défaits.
_ Excusez-moi pour la cour !
_T’enquiète, lui répondit Ghiles, elle en a vu d’autres. Un coup de râteau et on verra plus rien. Raconte plutôt.
_ Ben, j’ m’ suis fait viré par ce c..
_ Calme toi. Que c’est-il passé ?
_ On travaillait à remettre en état une Bel Air Impala.
_ Une ricaine ?
_ Ouais, et superbe en plus… J’étais en train de poncer son aile avant droite lorsque j’entendis le Clément s’en prendre à Djamel, qu’aurait mal refixé un siège sur une BM…
_ Poursuis…
_ J’avais travaillé sur sa caisse la semaine dernière et un truc m’avait paru bizarre.
_ Quoi ???
_ J’savais pas quoi, mais y avait quelque chose. J’ai voulu intervenir… Mal m’en a pris… Tout pour ma gueule.
_ Tu peux expliquer ?
_Oh, j’ peux toujours, c’est pas ça qui va me rendre mon boulot.
_ Dis quand même.
_ J’ai dit au Clément que c’était pas la faute à Djamel si le siège arrière tenait mal. Et que ça venait de la caisse.
_ T’as pas fait correctement ton boulot, qu’il me répond bille en tête.
_ Mal mon boulot. Tu t’ fous d’ ma gueule que j’ lui réponds. Regarde ça… Et j’enlève le siège pour lui montrer la structure de la bagnole. Sais pas comment j’ai fait mon compte, mais un compartiment secret s’est ouvert…
_ Y avait quelque chose dedans ?
_ J’ai pas eu le temps de voir. Le Clément m’a tiré en arrière, s’est mis en colère, et nous a vidé tous les deux sur le champ. Depuis le rideau est tombé sur l’atelier.
_ Va falloir te défendre mon gars.
_ Sûr Papy, mais en attendant j’ai plus de boulot.
_ T’en fais pas pour ça, mon gars. Du boulot tu vas en avoir. Et plus vite que tu ne crois. Viens avec moi.
Ghiles Ducoin entraina Deniz-Cadet Bocet dans la partie basse des bâtiments. Poussant le portail il lui montra un entrepôt qu’il lui proposa de transformer en atelier de carrosserie. Il le mettait à sa disposition gratuitement, le temps de se faire une clientèle. Et cela complèterait l’activité du petit garage.
Ainsi, Déca, comme le surnommaient ses copains d’enfance, puis, très rapidement, D-K comme aujourd’hui, put se mettre à son compte grâce au grand-père de sa femme et lancer la « Carrosserie D.K. BOCET » qui porta bien son nom.
_ (1) cf. 2-102 Le garage Ducoin. Prononcez « gil est du coin »
_ (2) surnommé par ses potes, Bielle.





18 mars 2011
A la belle américaine
A la belle américaine
Il y eut un temps, dès qu’une boutique du centre ville fermait, c’était un magasin de fringues pour femmes qui ouvrait. Au point que dans certaines rues de notre chef lieu il n’y a quasiment que ça et des boutiques de pompes. Puis ce fut le tour des opticiens et dernièrement, les agences bancaires et d’assurance. Au point que le maire s’en serait inquiété et qu’il aurait pris des dispositions pour éviter le désert dans la rue principale. Résultat, lorsqu’un magasin francisé de musique y a fermé, c’est… une agence immobilière qui l’a remplacé. Il est vrai que le maire précédant avait délivré moult permis de construire au point qu’aujourd’hui l’offre immobilière est pléthorique et que la demande n’est pas au rendez-vous. Je plaints ceux qui ont succombé aux avances des lois Robien et suivantes qui trouveront difficilement à rentabiliser leur investissement. Mais là n’est pas, une fois encore, le but de mon propos. J’écrivais donc qu’il y a des modes dans le choix des activités qui s’implantent.
Et dans le canton de Piay, c’est celle de la reprise des anciennes stations services et autres garages qui sévit. Pourtant, il en est encore de nombreux en activité, même en plein centre ville. Dans des locaux que je ne pourrais malheureusement pas qualifiés de cliniquement propres. Oh, rassurez-vous, je n’ai rien contre eux. Non, mais je m’interroge sur leurs conditions de travail. Un exemple ? Parmi plusieurs… A Lyon, rive droite de la Saône, à environ 500 m en amont de la trémie de la sortie Sud du tunnel de Fourvière. Il y a là un garage de ce style, à plusieurs entrées, genre portes cochères. Au sol noirci par les gaz d’échappement, voire graisseux. Où malgré l’éclairage a giorno on y voit goutte. Pourtant, en passant sur le trottoir d’en face, j’ai pu constater avec quelle maestria les employés déplaçaient très rapidement les véhicules entre deux interventions et les piliers encombrant les lieux. C’est un peu cette ambiance que j’aurais voulu recréer pour ce délire…
_ L’est con le Crasseux !(1) s’écrit Emile Borne.
_ ???
_ Ben ouais, il a eu une idée super avec son garage.
_ Explique.
_ Tu vois, ce gars, il rachète et revend des Lambo d’occasion. Mais il ne s’est pas protégé.
_ Il ne sort pas couvert ?
_ Oh, ça j’en sais rien et rien à secouer. C’est ses oignons. Non, c’ qu’ j’ veux dire, c’est que tout le monde peut faire pareil.
_ Et alors ?
_ Ben moi, j’ai déposé à l’INPI le nom de ma boîte « A la belle américaine ». C’est peut-être un nom passe partout mais il n’était pas encore déposé pour une éventuelle franchise commerciale (2).
_ Tu l’as piqué au film de Robert Dhéry ?
_ Pouvais pas trouver mieux, non ? Tu t’ rappelles ce film ? tout en noir et blanc, sauf la scène finale en couleurs. C’est lui qui m’a donnée l’idée. Tu vois, j’ai pu louer ce vieux garage grâce à l’aide de la commune de Montalon sous la forme d’un simili atelier relais. Si les affaires marchent je pourrais en devenir propriétaire dans 30 ans…
_ Et tu vas en faire quoi ?
_ Ben dis, t’es vraiment limite ce matin, Roger… J’ vais pas vendre des bagnoles allemandes… Mais de la vraie ricaine, direct importées des states.
_ Et t’as trouvé un pigeon pour te financer ?
_ T’es bouché ou quoi ? Et les banques, elles servent à quoi ?
_ A te prêter du fric si t’en as pas besoin, non ?
_ T’as pas tort. Mais moi j’ai des appuis.
_ Toi, le bouseux de Trainons lès Piay ?
_ Bouseux que tu dis. Mais tu sais c’ qu’il t’ répond le bouseux ? Qu’il a quand même trouvé quelqu’un qui lui prête des sous pour monter son affaire… Le crédit équitable !
_ Et tu crois qu’ t’en auras assez pour faire tourner ton affaire ?
_ Tu connais pas le réseau sur internet ?
_ Explique à l’ignare que je suis comment tu vas t’y prendre ?
_ Ben, j’ai expliqué mon projet de faire venir des Etats-Unis de vieilles américaines de 1945 à 1975 environ, encore bien conservées…
_ Des meufs ?
_ T’es con ou tu le fais exprès ? Non des bagnoles… Je les fais retaper par le petit-fils Lefort, le Kevin, qu’est carrossier et aussi fort que son grand-père. Je les revends et je rembourse petit à petit l’argent prêté.
_ Et le pognon, il vient d’où ?
_ C’est là l’astuce du système. Si t’es intéressé par le projet, tu t’engages à prêter une certaine somme, disons 250 $ et lorsque le financement est assuré, tout se met en branle. Tu n’as plus qu’à attendre l’arrivée des mensualités.
_ Et toi, là dedans ?
_ Je pioche dans la ligne de crédit gérée par une banque, car tu peux pas y échapper.
_ Et comme ça, tu ouvres quand ?
_ Mais, j’ai déjà ouvert. Ça fait déjà un an que tout est en place et mes premières voitures attendent les clients depuis une quinzaine. Tu veux les voir ?
_ Bien volontiers.
_ Et bien, allons y, c’est juste à la sortie du village…
Et arrivé sur place, découvrant une Chevrolet Bel-Air Impala de 1958, Roger ne put retenir ces mots : Ah ! la belle américaine !
_ (1) Surnom de Pancrace Palavet, (cf. Les Lambo du garage
_ (2) Je n’ai pas vérifié ses dires. S’ils s’avéraient inexacts j’espère que le propriétaire sera se montrer indulgent en voyant un clin d’œil à son activité.




