01 mai 2012
La folie épinglette
Avertissement : Ceci est une pure œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes ayant vécu ou vivantes ne serait donc que fortuite…
Epinglette ! Que ce mot sonne bien à l’oreille, comme allumette, binette, cannette, dinette, fadette, guinguette, hachette, lunettes, minette, nonette, pipette, quéqu… Oh, pardon, je m’égare Montparnasse. Et pour finir la fameuse Zézette, épouse X…
Mais pourquoi cette longue litanie de mots sans aucun intérêt ? Juste pour asseoir ce mot bizarre d’épinglette, apparu et imposé par notre cher ministre de la culture de l’époque, le sieur Toubon pour tenter de contrer l’anglicisme du pin’s. Car c’est de la folie du pin’s qu’il est en effet question dans ce nouveau délire.
Qui, parmi les jeunes d’aujourd’hui a entendu parler de cette mode, de cette folie, de cet engouement qu’a connu pendant quelques années cette petite pièce métallique colorée, utilisée à toutes les sauces. On en vit de toutes formes, couleurs, propagandes, publicités, clubs, clans, érotiques, voire plus si affinité…épinglés au revers des vestes, blousons et autres vêtements.
C’est cette passion passagère qu’une joyeuse équipe de vendeurs de nougat tente de relancer, tant bien que mal. En en offrant à l’effigie des candidats aux élections politiques.
Et ce matin là, elle était sur la place où se déroule le marché hebdomadaire. Nous sommes entre les deux tours des élections législatives.
Pour la bonne compréhension de ce qui va suivre, je me dois de préciser au lecteur, qu’au premier tour il y avait cinq candidats en lice. Par ordre alphabétique : Hamster-Dam François, Le Crayon Marine, Maylanger Jean-Luc, Roubay François et Sortan Nicolas. Et pour le second tour, ne restaient plus en compétition que François Hamster-Dam et Nicolas Sortan.
_ Approchez, Mesdames et Messieurs, approchez, aujourd’hui pour l’achat d’une barre de nougat nous vous offrons l’épinglette de votre candidat favori, François ou Nicolas… Nicolas ou François !
_ Z’auriez pas plutôt la Marine ?
_ L’est plus en course !
_ Z’en reste pas un ?
La jeune femme, se tourne alors vers son chauffeur, plongé sous le capot de leur fourgonnette : Alain, l’en reste de la Marine ?
_ Sommes plus à flot… Sommes même échoués… Z’avons tout distribué la s’maine dernière.
_ Désolée, il y a en vraiment plus, répond-t-elle au passant.
_ C’est dommage !
_ Par contre, poursuit Alain, nous reste beaucoup du Roubay et du Maylanger… Tu peux en proposer un de chaque par barre.
_ Vous avez entendu ?
_ Ouais ! M’intér’ssent pas ces deux là !
_ Je regrette.
_ Approchez, Mesdames et Messieurs, approchez, aujourd’hui pour l’achat d’une barre de nougat nous vous offrons l’épinglette de votre candidat favori, François ou Nicolas… Nicolas ou François ! Faites votre choix !
Et sur le coup de 13 heures, tout le monde ayant remisé son étal, quelques commerçants se retrouvent à l’Assiette bressanne pour déjeuner.
_ Alors patron ! Qu’est-ce qu’on propose aujourd’hui ?
_ Pas de Mironton car je sais que vous le mangez chez l’Alain du 38.
_ T’as raison, c’est toujours un régal chez lui.
_ Ah ! Parce qu’ici c’est de la m… ?
_ C’est toi qui l’a dit !
Et les deux de partir à rire. La pression retombée, le patron indiqua que son cuistot avait cédé sous la pression et qu’il avait fini par accepter de leur préparer de la tête de veau sauce gribiche.
_ Bravo pour le chef !
_ Alors tête de veau pour tout le monde ?
_ Ouais. Faut qu’on la goutte. Vu que toi, t’es une vraie tête de cochon !
Pourquoi une telle fin ? Juste pour rendre hommage aux restaurateurs de Louhans (71) qui ont su conserver la tête de veau à leur menu où elle est toujours appréciée et demandée, notamment le lundi, jour de marché.




26 avril 2012
Au tout électrique
Souvenez-vous, amis lecteurs, nous avions laissé Honorin Teyresse en train de remiser son attirail après l’échec de sa tentative de vendre des aspirateurs sur le marché de Cernès. (1)
Pourtant son accroche des badauds et son bagout n’avaient pas laissé indifférent Henri Ménager. Bien au contraire. Cela le convainquit d’attendre qu’il eut fini de tout ranger dans son break avant de l’entreprendre.
_ ‘Scusez-moi !
_ Oui ?
_ Henri Ménager.
_ C’est pour un aspirateur ?
_ Non, merci. J’en vends moi-même.
_ ???... Et en quoi puis-je vous être utile ?
_ J’aimerais vous parler…
_ Et que faisons-nous en ce moment ?
_ … Je veux dire, en d’autres lieux… devant un verre par exemple ?
_ D’accord, je vous suis.
Et les voici gagnant le Bar des amis où ils s’attablent devant deux « jaunes ».
_ Je vous ai regardé tout à l’heure avec un grand intérêt.
_ Et alors ?
_ Vous semblez posséder un gros potentiel de vente mais…
_ Mais ?
_ Vous n’avez pas la bonne clientèle.
_ Qui est ?
_ Celle qui a de l’argent à dépenser…
_ … ? Et c’est qui ces gens là ?
_ Pas forcément les plus riches, mais ceux qui le fait circuler.
_ Ah ? Et à quoi la reconnaît-on ?
_ Souvent à sa voiture ou à ses toilettes.
_ Ses toilettes ? Vous allez chez eux ?
_ Non, pas les chiottes. Mais, leurs atours, leurs vêtements.
_ Ah, d’accord. Je vois.
_ Ce que vous devriez faire, c’est plutôt du porte à porte dans les quartiers aisés.
_ Z’avez qu’à en parler à mon patron.
_ Parce que c’est lui qui vous demande de faire les marchés ?
_ Vous croyez tout de même pas qu’ j’ fais ça pour mon plaisir ?
_ Pardonnez-moi.
_ Y a pas de mal. Mais j’ vois toujours pas où vous voulez en venir ?
_ A ceci… J’ai une boutique d’électroménager à Piay et je viens de racheter celle du Maire de Cernès (2)
_ Celle du père Libras ?
_ Celle-là même. Il a pris sa retraite pour raison de santé. Et comme je voulais pas de concurrence…
_ Je comprends.
_ Vous ne comprenez rien encore, jeune homme !
_ J’ vous permets pas !
_ Calmez-vous. Je vous explique… J’ai acheté ce magasin pour ma fille, vu que mon crétin (3) de fils a préféré la carrière militaire. Et je cherche quelqu’un pour le gérer.
_ … Et… Vous pensez que… je ferais l’affaire ?
_ Pourquoi pas ?
_ Z’êtes gonflé. Moi, même si c’est mon patron qui…
_ Vous vous répétez !
_ … C’est dehors que j’aime être… Même si je dois me farcir des enquiquineurs comme ceux de tout à l’heure. Ça m’amuse parfois… Non j’aime trop le contact avec les gens ; la lutte pour les convaincre… Merci, mais j’ ne crois être fait pour être enfermé dans un magasin.
_ Mais il n’est pas question de vous enfermer… Vous pourriez continuer à faire du démarchage, si c’est ce qui vous plait. Mais il y aura la gestion des stocks et du magasin à assurer.
_ Faudrait voir !...
_ Faudrait voir en effet. Répondit Henri Ménager en souriant tout à coup. Ce qui n’échappa pas à
Honorin Teyresse.
_ J’ peux vous demander ce qui vous fait sourire ?
_ Juste une idée qui a traversé mon esprit.
_ Et qui est ? Sans être indiscret ?
_ Vous êtes marié ?
_ Pardon ?
_ J’ vous demandais si vous étiez marié ?
_ Cela vous regarde-t-il ?
_ Si j’ veux répondre à votre question !
_ Quelle question ?
_ Ben. Qu’elle était mon idée ? Pourquoi ?
_ Bien sur. Bien sur… Non je n’ suis pas marié. J’ai même pas de copine en ce moment.
_ C’est parfait !
_ ???
_ Faites pas cette tête… J’ me disais seulement que si vous acceptiez de voir Electre O vous changeriez surement d’avis.
_ Electro ? C’est quoi ?
_ C’ n’est pas quoi, mais qui. C’est ma fille.
_ Ah !
_ J’ vous en ai touché deux mots tout à l’heure.
_ Exact. Ça me revient. Et alors ?
_ Elle aussi, est célibataire. Et je crois que vous vous entendriez très bien tout deux.
_ Vous voulez jouer au marieur maintenant ?
_ Point du tout. Je regarde juste l’aspect pratique de la situation.
_ Qui est ?
_ Je vous fais rencontrer Electre O et …
_ Pardonnez-moi, mais pourquoi Electro ?
_ Parce qu’elle s’appelle Electre Odile Marie et quand elle était en primaire il y avait une autre Electre (4) avec elle et il fallait les distinguer. Et ça lui est resté. On l’appelle tous Electre O.
_ D’accord. Excusez-moi.
_ Du tout. Du tout. Je disais donc, pour revenir à mon idée, que si vous acceptiez de rencontrer ma fille, vous accepteriez la gérance de mon nouveau magasin de Cernès.
_ Parce que ce serait si simple que ça ? Voir les beaux yeux de votre fille et hop, l’affaire est dans le sac, comme la poussière dans mon Haspyrtou, « l’aspirateur qui ne laisse rien et avale tout ». Elle est comme…
_ J’ n’ vous permets pas d’insulter ma fille !
_ Je m’en garderai bien, Monsieur. Je demande juste un peu de temps pour réfléchir à votre offre.
_ C’est tout réfléchi, jeune homme. Je vous invite à déjeuner à la maison et je vous présenterai Electre O.
_ Z’êtes rapide en affaires Monsieur.
_ Comme vous êtes prompt à accepter ma proposition.
_ Faut voir. Faut voir… J’ai encore rien décidé.
_ Votre cerveau peut-être mais pas vos c……s.
_ Comme vous y allez !
_ C’est ça la vie. Allez, allons-y, sinon je vais me faire appeler François.
_ Ah, je vois, vous aussi, elle vous tient par là…
C’est ainsi qu’ Honorin Teyresse, tombé sous le charme d’Electre O Ménager, l’épousera quelques mois plus tard. Faut dire qu’elle n’avait rien à envier à ce que vendait son mari avant de la connaître. Ils prirent la gérance du magasin d’électro-ménager de Cernès que l’on peut découvrir sur ces photos. Ils en devinrent propriétaires quelques années plus tard, après le décès d’Henri Ménager.
_ (1) cf. Le progrès ne fait pas tout.
_ (2) cf. Un nouveau nid pour l’Aronde
_ (3) Cela n’engage que le personnage qui parle
_ (4) Electre Annie Martin, surnommée Electre A, puis Electra




12 avril 2012
Un Sioux reste... un Sioux
Refusant l’Interstates 80, il avait décidé de n’emprunter ce jour là que les petites routes. En l’occurrence la NE-2 W qui devait les conduire jusqu’à Alliance, d’où ils rejoindraient le lendemain Fort Laramie, au Wyoming. Ils avaient donc quitté Nebraska City au petit matin et avaient contourné Lincoln par l’Ouest. Puis ce fut le tour de Grand Island, Broken Bow, Anselmo et Dunning. Il y eut après Halsey et Thedford. Rien que des grandes capitales. De vrais trous paumés. Ils avaient dépassé Mullen et la prochaine ville devait être Whitman (1). Cela faisait près de cinq heures et demie qu’ils étaient en route et avaient parcouru plus de 320 miles. Whitman n’était plus très loin mais depuis un bon moment il n’arrêtait pas de jeter des coups d’œil inquiets sur sa jauge à essence. Tout à coup le voyant de la réserve se mit à clignoter. Il n’était pas des plus rassurés, se sachant en bordure du Comté de Cherry, connu pour sa très faible densité de population (2).
_ Et merde ! Se dit-il, et toujours rien à l’horizon…
Il leva le pied de l’accélérateur et prit son mal en patience en espérant malgré tout de voir, ne serait-ce, qu’une de ces stations plus ou moins abandonnées qu’ils avaient aperçues depuis le début de leur périple.
C’est vrai que j’ai oublié de vous situer ce nouveau délire. Je me dois donc de vous préciser que l’action se situe, disons en 1966 ou 1967. Alex Santric vient de réussir son baccalauréat. Condition nécessaire et suffisante pour que son père lui cède son Elysée de dix ans d’âge et que sa mère lui finance son séjour aux Etats Unis. Mais Alex n’a pas voulu d’un séjour tout fait. Pas par une agence de voyages. Non ! Il a décidé de traverser les States par la route, au volant de cette Aronde. C’est pourquoi nous le trouvons aujourd’hui en train de gagner la côte Ouest en traversant ce qu’il considère comme les états du Nord et qu’il reviendra sur la côte Est par les états du Sud. A ses côtés, il y a son pote de toujours, Edouard Neney. Lui aussi a réussi le bac, mais l’année précédente. Il a mis à profit les vacances de l’an passé pour travailler et mettre de l’argent de côté pour ce voyage.
_ T’en fais pas, t’as toujours le bidon !
_ Ouais, mais quand même. J’suis con. J’aurais du faire le plein au dernier bled.
_ T’as vu la tronche du pompiste ?
_ Non, j’ai pas fait gaffe.
_ T’as bien fait. J’aurais pas voulu que tu t’arrêtes.
_ T’as eu les foies ?
_ Un peu, ouais… J’ suis toujours pas remis du western de l’autre jour.
Faut dire à la décharge d’Edouard, qu’ils ont traversé un village où un autochtone avait voulu régler ses comptes à la Richard Widmark. Il avait fait parler ses Winchesters dans la rue ! Plusieurs corps étaient encore allongés sur la chaussée lorsqu’ils avaient traversé la bourgade. Un adjoint du sheriff local les avait priés de s’arrêter, l’arme à la main, dirigée vers la voiture, canon baissé malgré tout. Il avait demandé à Alex de couper le moteur et de descendre de la voiture, ainsi qu’Edouard.
Peu rassurés les deux jeunes s’étaient exécutés, se demandant ce qu’on pouvait bien leur reprocher.
_ C’est quoi comme voiture ? Leur demanda le flic.
_ Une Simca Aronde… C’est une voiture française.
_ Vous aussi, vous êtes french ?
_ Ouais. Nous venons de Marseille.
_ Ah la french connection ?
_ Non ! Nous students… enfin, presque
_ Et où allez-vous ?
_ San-Francisco, Los-Angeles et on rentre par Dallas et Miami.
_ Drôle de petite voiture. Plus toute jeune.
_ Dix ans.
_ Bon, allez et bonne route.
Il ne devait plus rester grand-chose dans le réservoir lorsqu’après avoir franchi un énième dos d’âne, Alex aperçut enfin une de ces fameuses stations services perdues au milieu de nulle part.
_ Sauvés, s’écria-t-il, réveillant Edouard qui s’était quelque peu assoupi.
Une fois la voiture arrêtée, Alex descendit pour faire le plein. Edouard en profita pour aller se soulager. Puis ce fut au tour d’Alex d’y aller. Vu le peu de passage, l’Aronde stationnait encore devant les pompes pendant que les deux sirotaient un Coca dans la boutique. Ils entendirent une voiture arriver, puis ralentir. C’était une voiture de sheriff. Celle du Conté leur annonça le gérant de la station. Elle recula puis tourna pour s’immobiliser à côté de la Simca. Ses deux occupants en descendirent et firent le tour de l’Aronde en la détaillant sous toutes ses coutures. Ils l’examinèrent une bonne poignée de minutes.
_ Jamais vue une bagnole comme ça par ici, dit le sheriff. Et toi, en ville ?
_ Pas mieux, lui répondit son adjoint. Sais pas d’où elle vient.
Et passant derrière la voiture, il découvrit le F dans son ovale.
_ Doit venir de France d’après la plaque.
Le sheriff souleva son Stetson pour se gratter la tête. Cette voiture l’intriguait.
_ Entrons voir à qui elle est.
_ L’est à vous la voiture, dehors ? Lança-t-il aux deux jeunes buvant leur Coca ;
_ Ouais, c’est la mienne, répondit Alex dans son anglais de cirque, comme n’avait de cesse de lui rabâcher à chaque cours son prof de langue qu’il dut affronter pendant ses trois années de lycée.
_ C’est quoi comme voiture ?
_ Une française… Une Simca. Elle a dix ans.
… C’était reparti pour un tour. Alex et Edouard devaient prendre leur mal en patience, tant la curiosité des forces de l’ordre était grande devant l’inconnue. Mais pour une fois ce sheriff n’essayait pas de les intimider. Au contraire, ils ressentaient un véritable intérêt pour l’Aronde. De la curiosité même.
_ Vous êtes français ? Leur demanda le sheriff.
_ Ouais, des environs de Marseille.
_ Ben moi, j’ai mon arrière-grand père qui était français… Typé amérindien le sheriff se présenta: Bill Boquet IV, leur dit-il en leur tendant la main.
Et nos deux compères d’éclater de rire avant de se reprendre et de lui serrer la main.
_ S’excusez-nous !
_ Z’êtes bien frenchies… Z’en faites pas les gars. Y a que vous pour comprendre le jeu de mots. Bienvenue dans les Sand Hills. Vous allez où exactement ?
_ A Fort Lamarie pour …
_ Pouvez pas mieux tomber. J’ vous invite chez moi pour la nuit.
_ ???
_ Mes ancêtres ont vécu longtemps là-bas et dans ses environs. Je vous raconterai leurs vies.
_ D’accord… On vous suit.
Puis avisant l’air dépité du sheriff, Alex lui proposa… Vous voulez la conduire ?
Le sheriff ne se fit pas prié et s’installa au volant, Alex prit place à ses côtés pendant qu’Edouard s’installait dans la voiture du Sheriff.
Après diner, Bill Boquet IV leur raconta l’histoire – ou plutôt – ce qu’ils prirent pour la légende de son arrière grand-père. Celui-ci s’appelait déjà William Boquet. Il descendait d’une vieille famille française dont une branche existe encore en France et dont un lointain neveu était il y a encore quelque année garagiste… Ce William Boquet avait émigré au Canada vers la fin des années 1820, où il était devenu trappeur. Il avait un jour franchi les Grands-Lacs pour découvrir de nouveaux horizons et avaient traversé à plusieurs reprises les grands espaces des deux Dakota et du Nebraska. Là il abandonna la trappe pour se lancer dans le négoce des peaux auprès des tribus indiennes Sioux et Lakota.
C’est ainsi qu’un matin, alors qu’il approchait d’un campement qu’il connaissait depuis trois printemps, il s’arrêta au bord d’une rivière pour s’y laver. Il avait découvert quelques années plus tôt que l’odeur des trappeurs incommodait les indiens et ne favorisait pas les affaires. Il avait pris l’habitude de prendre un bain juste avant de les rencontrer et de porter des vêtements propres. Il descendit de son cheval et l’attacha à un arbre. Il vérifia aussi que les trois mules qui l’accompagnaient étaient bien attachées. Il sortit du linge de corps propre d’une de ses fontes et se dirigea vers la rivière. Il se dévêtit entièrement et s’apprêtait à entrer dans l’eau lorsqu’il aperçut une jeune squaw qui se baignait déjà dans l’eau, lui révélant ses formes agréables. Il resta un instant à la regarder, puis chercha un autre trou d’eau où se laver. Il profita de ce qu’elle regardait ailleurs pour se glisser dans l’eau et commença à se savonner. Puis il lança son savon sur la berge. Celui-ci fit pourtant très peu de bruit à l’arrivée mais suffisamment pour inquiéter la squaw. Laquelle découvrit William, flamberge au vent. Elle eut un geste de recul et s’apprêtait à crier. Mais elle ne dit rien. Se contentant de le regarder…
_ N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! Je suis français ! Lui lança William en levant les mains.
_ Papeur ? Papeur ? (3) parvint-elle à marmonner.
Et pour montrer qu’il n’avait pas d’armes cachées, il se mit à sauter hors de l’eau et à tourner sur lui-même. Lorsqu’il se retrouva face à elle, il s’accroupit dans l’eau. C’est alors qu’elle entreprit le même type de danse devant lui. Séduit il se releva et lui tendit les bras. Bras dans lesquels elle se jeta rapidement. Ils se serrèrent l’un contre l’autre. Puis il la souleva et elle lui enserra le corps de ses jambes. Ils s’unirent ainsi. Un mince filet rouge vint tinter l’eau de la rivière. Quand tout fut consommé ils entendirent des cris de joie et des coups de fusils provenant des bosquets voisins.
C’étaient les gardes du corps de la fille préférée de Crazy Horse qui manifestaient leur joie. Faut dire que Crazy Horse avait des visées matrimoniales pour sa fille mais que celle-ci avait toujours refusé les prétendants que son père lui présentait. Soutenue par sa mère, elle avait toujours dit non. Vu que c’était le français qu’elle voulait depuis le jour où elle l’avait aperçu lors de sa première venue. Elle venait d’avoir 13 ans, lui devait avoir passé la barre des 25 lorsque William Boquet était venu pour la première fois rencontrer Crazy Horse et entamer son négoce de fourrures avec lui.
Bill Boquet IV leur raconta que son arrière grand-père s’était établit près de Fort Laramie et était devenu transitaire en bordure de la piste Bozeman. Il avait assisté à la signature du traité de 1868 mettant fin aux guerres entre indiens et yankees.
Belle légende qui les berça toute la nuit où ils révèrent à de belles squaws, mais aussi à Sitting Bull et autre Crazy horse. Des indiens célèbres…
.........
_ (1) Whitman serait considéré en France comme un lieu-dit, un hameau de la ville de Grant County, forte d’un peu plus de 700 habitants !
_ (2) d’un peu plus de 6.000 habitants pour plus de 15.000 km2 de superficie, perdus dans les Sand Hills.
_ (3) Ce surnom de Papeur lui resta coller à la peau jusqu’à sa mort.






23 mars 2012
Le champ du signe
Le champ du signe
Mars 1953
A peine descendu de voiture avec sa femme, Ludovic de Poyr est accosté par son frère cadet Léopold.
_Cher Ludo, vous avez lu cet article ?
_Lequel ?
_ Celui sur ce qui s’est produit en Bourgogne la semaine dernière.
_ Non, de quoi s’agit-il ?
_ Il me rappelle un peu l’histoire de Roswell (Nouveau Mexique, juillet 1947)
_ Et alors ?
_ Je pense à ce que vous m’avez raconté il y a plus de trente ans maintenant.
Nous sommes en 1921… Lorsque Ludovic de Poyr rétablit son Spad au sortir d’une longue courbe sur la droite il mit le cap à l’Est Sud Est pour regagner la propriété familiale. Ce matin là le plafond était bas et la visibilité tout juste correcte. Volant aux alentours de 9.000 pieds, soit 300 m, il voyait cependant très bien le sol et son relief. Un fort vent venant du Nord contrariait le maintien de son cap.
Cela faisait plus d’une heure et demie qu’il avait décollé de la base de Reims. Ce serait encore une fois un simple vol de routine pour cet ex-capitaine de l’armée de l’air qui était passé maître dans le pilotage de son biplan. Au point qu’aux lendemains de la Première guerre mondiale à laquelle il prit part, il n’eut de cesse de continuer à voler. Dès qu’il le put il récupéra un Spad XIII qu’il fit rénover et qu’il utilisait tous les mois pour se rendre dans sa famille.
Tout à coup le ciel se déchira et un rayon de soleil apparut à travers la percée. Curieux, Ludovic jeta un coup d’œil au sol. Se repérant assez vite, il constata qu’il volait un peu trop vers le Nord. Il avait trop amplifié la compensation de sa dérive. Il décida de perdre de l’altitude pour être moins soumis au vent. Puis, virant sur la droite, il regarda une nouvelle fois en bas. Son cœur faillit s’arrêter net. Surpris, il entreprit de rétablir son appareil et de virer sur la gauche tout en amorçant une descente. Il essaya de repérer à nouveau ce qui venait de le saisir. Ce n’est qu’au bout d’un cercle complet qu’il parvint à le retrouver. Stabilisant son appareil à 100 mètres du sol il fit un nouveau tour et prit des repères. Puis il mit le cap sur le village le plus proche où il posa son appareil dans un pré jouxtant le cimetière. Il sauta à terre et se dirigea vers un estaminet où il s’enquit comment trouver le maire ?
_ L’est devant vous, lui répondit le patron du bistrot. A qui ai-je l’honneur ?
_ Ludovic de Poyr, fondé de pouvoirs à la BNCI de Reims.
_ Ouais ???
_ Voulez-vous faire un tour en avion ?
_ Ah c’est vous qu’on a entendu passer t’à l’heure ?
_ Oui.
_ Et pour qu’ faire ?
_ Je voudrais vous montrer ce que j’ai vu d’en haut.
_ Pouvons pas y aller à pinces ?
_ C’est trop loin. Et puis, je ne saurais y aller sans carte.
_ Hum !!!
_ Vous venez ? Ou pas ?
_ Ben, j’ suis pas très chaud. J’ai jamais monté dedans.
_ Y a-t-il un volontaire ? Lança Ludovic en se retournant vers la cantonade qui n’en perdait pas une malgré son air de ne pas y toucher.
Alors que toutes les têtes plongeaient un peu plus vers les tables, le maire se déclara prêt à le suivre.
Après avoir revêtu une canadienne et bien enfoncé son béret sur la tête, il prit place à l’avant de l’appareil qui décolla en direction de l’inquiétante trouvaille. Au bout d’une dizaine de minutes de vol, Ludovic retrouva le champ qui l’intéressait. Il entreprit de tourner autour et par forces gestes invita le maire à regarder en bas. A un moment il tendit le bras gauche, désignant une forme au sol. Quelques instants après il entendit un son qu’il traduisit pour être un « Oui ». Satisfait, il piqua vers le sol et largua un fanion avant de repartir en direction du village.
De retour sur le sol ferme, le maire avait les jambes qui flageolaient terrible. Après s’être un peu ressaisi, il s’adressa à Ludovic.
_ C’est quoi c’machin.
_ Je n’en sais rien. Juste que ça m’a fait un choc lorsque je l’ai aperçu ce matin.
_Pourqu’ ?
_ Je vous l’expliquerai devant un verre. Vous êtes tout pâle.
Pouvait pas être plus ravi, le maire, de se voir offrir un verre dans son troquet. C’était pas tous les jours qu’il recevait du beau monde. Puis, il pourrait se vanter d’avoir fait un tour en aéroplane. Qu’il avait mêm’ pas eu la trouille. Juste les chocottes. Mais ça il ne le dira pas. L’avait pourtant failli tout lâcher au décollage. Mais il avait pris sur lui et serré au maxi. Il en avait encore mal. Mais rien n’avait coulé.
Devant une bonne chopine de rouge, Ludovic lui raconta son histoire. C’était au cours de l’automne 1917. Il était alors jeune Lieutenant dans le second groupe de l’Escadrille des Cigognes, affecté à la reconnaissance aérienne. Il s’était plaint à son mécanicien, Léon dit Toujours que son avion faisait trop de bruit pour passer inaperçu au-dessus des lignes ennemies.
_ J’ peux vous bricoler un silencieux si vous voulez, mais vous allez perdre de la puissance. Et ça, si vous êtes surpris par un …
_ Je ne pourrais pas m’en sortir ?
_ Exact, mon Lieut…
_ Léon, je t’ai déjà dit qu’entre nous, y a pas de grade.
_ … Mais je crois que j’ai une idée.
Et le lendemain matin :
_ Mon Lieut…
_ Léon !
_ Ludovic, je vous ai bricolé un truc… Vous voyez cette manette ? Tant que vous n’avez pas besoin de faire moins de bruits, vous la gardez dans cette position. Lorsque vous voulez être silencieux… si j’ peux dire… vous l’abaissez comme ceci. Vous perdrez de la puissance mais resterez en vol. Et pour retrouver toute la puissance du moteur, il suffit de la relever.
Après un petit vol d’essai, Ludovic était satisfait du système imaginé par Léon dit Toujours. S’il avait su…
Tout se passa bien pendant une dizaine de jours, avec chaque nuit ses éternels vols de reconnaissance qui se déroulaient plus ou moins sans grosses encombres. Jusqu’à une nuit de pleine lune et sans nuages. Il était parti une nouvelle fois en reconnaissance au-delà de lignes ennemies aux commandes de son vieux Spad peint en noir et comment disait-il ? Ah oui bariolé (noir pour la partie visible du sol, bariolé (marron, vert, gris) pour celle vue du ciel, histoire d’être le moins visible possible.
Et alors qu’il cherchait à repérer les positions adverses, la nuit se fit de plus en plus sombre, le privant de vision au sol. Pourtant, il y avait de la luminosité tout autour de lui, mais pas sous lui. C’était très étrange. Cela l’intrigua. Plus rapidement d’ailleurs que le temps que je mets à décrire cette scène. Il leva les yeux vers le ciel. Et eut très peur.
C’est d’ailleurs à partir de cet événement que ses cheveux devinrent blancs malgré ses vingt-deux ans à peine entamés. Une grosse ombre noire le survolait. De forme ovale. Il crut tout d’abord se trouver sous un ballon ennemi avant de comprendre son erreur. Il était lui-même trop haut pour cela. Alors qu’est-ce qu’était donc ? Il n’eut pas le temps de le savoir. De peur, il poussa le manche à balais et parti en piqué.
C’est alors qu’un énorme sifflement se fit entendre. Il était effrayé et regarda de tout côté pour savoir d’où provenait ce sifflement. Il se rendit assez vite compte que c’était son avion qui le produisait. Rassuré, il jeta un regard vers le sol qui se rapprochait dangereusement de lui. Il eut juste le temps de constater la panique des soldats ennemis qui fuyaient en courant, se bousculant et se bouchant les oreilles. Il rétablit son appareil et regarda le ciel au-dessus de lui. Il n’y avait plus l’ombre. Celle-ci avait disparu.
Lorsqu’il se posa, Léon lui demanda comment c’était passé son vol. C’est là, plus amusé par ce qu’il avait vu au sol, qu’apeuré par ce qui était dans le ciel, qu’il comprit d’où venait le sifflement…
_ Géniale, ton invention Léon !
_ Quelle invention mon lieut… Pardon, Ludo ?
_ Ben ton sifflet !
_ Quel sifflet ?
Et Ludovic de lui narrer son aventure.
_ Ah, ça doit être le poids que j’ai du fixer sur la commande pour l’empêcher de sauter en cas de looping. Il a du déplacer le volet d’ouverture de la dérivation. Vous pouvez me montrer ?
_ Monte, on décolle tout de suite.
Une fois à 1.500 mètres, Ludovic parti en piqué sur le terrain, déclenchant l’énorme sifflement qui fit fuir les hommes au sol. Les deux occupants se mirent à rire devant le spectacle qui s’offrait à leurs yeux. Mais une fois revenus sur la terre ferme, c’est au rapport que Ludovic dut se rendre.
_ C’était quoi cette plaisanterie ?
_ Rien mon Commandant ! Juste une trouvaille de mon mécanicien…
_ Vous appelez ça une trouvaille ?
_ Oui mon Commandant ! Cette nuit j’ai du faire un piqué au-dessus de l’ennemie parce que j’étais poursuivi par…
_ Et alors ?
_ Ben, mon Commandant, j’ai pu voir le reflet de la lune sur les baïonnettes adverses qui s’éparpillaient dans et hors des trancheés, tant ils étaient effrayés par ce sifflement.
_ Faits venir votre mécano.
Et c’est ainsi que les trois appareils dont il disposait furent modifiés et utilisés à semer la panique dans les rangs adverses et permettre aux troupes au sol de réaliser quelques avancées. Mais revenons à notre propos principal. Revenons à la discussion entre Ludovic et le maire de… D’où d’ailleurs ? De La Brise de la Pastille, aux confins Est du 89.
_ Voila pourquoi, je me suis posé ici. J’aimerais voir de près ce qu’il y a au sol. Et en tant que réserviste, je voudrais que les gendarmes puissent eux aussi le constater.
_ Bon, ben faut aller voir le curé pour qu’il téléphone.
_ Vous n’avez pas le téléphone à la mairie ?
_ Non, trop cher.
_ Et ici ?
_ Y a la cabine des PTT, dit-il en la montrant au fond de la salle. Mais faut payer… répondit-il en enfonçant la tête entre ses épaules, tout penaud.
_ Mettez-moi en communication avec la gendarmerie.
Ayant joint le Maréchal des Logis Honorin Terrieur il raconta à celui-ci sa découverte. Intrigué, ce dernier lui répondit qu’il partait sur le champ avec son collègue, mais qu’à vélos, ils ne seraient pas au village avant 14 h 00. Cela laissa le temps au maire de trouver une carte d’état major et un moyen de transport pour se rendre sur place. C’était la bétaillère du père Jules, le maquignon qui marchanda l’essence pour le voyage. Quel village de ladres pensa Ludovic, plus pingres les uns que les autres. A croire qu’il y avait un concours pour être le plus rat. Lui en profita pour casser la croute avec une belle assiette de cochonnailles et un bout d’époisses.
Ce n’est que sur les 14 h 25 que les gendarmes arrivèrent, flapis de leur course en vélos. Ludovic leur offrit un verre et tout le monde prit place dans le carrosse du père Jules. Ludovic à côté de lui pour le guider, le maire et les deux gendarmes à l’arrière, au milieu des effluves du dernier transport. Au bout d’une demi-heure Ludovic aperçut le fanion qu’il avait largué et l’indiqua au père Jules.
_ Vu ! C’est là-bas qu’on va ?
_ Oui.
_ Mais c’est les terres du bossu.
_ Et alors ?
_ L’est pas commode le vieux.
_ Vous avez peur ? Même avec les gendarmes ?
_ L’ connaissez pas l’animal. L’est capable d’ nous j’ter un sort.
_ Ne vous en faites pas. Je suis là moi aussi.
_ Et z’êtes qui au juste ?
_ Ben, moi !
Arrivés, tout le monde descendit de la bétaillère et se regroupa autour de Ludovic. Celui-ci monta sur le toit de la bétaillère pour bien se repérer. Puis il s’adressa aux autres.
_ D’ici j’aperçois très bien la forme dont je vous ai parlée tout à l’heure. Il faudrait que vous puissiez la voir vous-même.
L’un après l’autre, les quatre qui l’accompagnaient montèrent sur le toit de la bétaillère. Quant tous en furent redescendus, Ludovic distribua les rôles. Il s’agissait de mesurer grossièrement la trace trouvée au sol. Un immense ovale contenant six trous formant les sommets d’un hexagone étiré et un trait vers une extrémité. Sur cette surface le sol était quasi nu, presque vitrifié, alors que tout autour l’herbe était normale. Qu’est-ce qui avait bien pour faire ça ?
Au terme de cet examen, le Maréchal des logis nota les différentes mesures obtenues et annonça à Ludovic qu’il ferait un rapport à sa hiérarchie et à l’armée. Ce qu’il fit en rentrant. La suite on la connait que trop bien… Il n’y eut pas de suite. Le rapport ayant été classé comme farfelu et sans intérêt militaire. Pourtant si l’on survole encore aujourd’hui le secteur on peut toujours découvrir ces traces dans le « champ du signe » comme l’ont appelé les rares témoins de ce fait d’hiver divers.


10 mars 2012
La Ferr a ri
Qui se souvient d’Artémon Baran Zéphirin Gousset, marquis de la Ferr, aristocrate du XVI° siècle (et non arrondissement), quoiqu’il y vécut avant l’heure, lors de ses dernières années. C’était un Franc-Comtois d’origine féru d’horlogerie au point d’y investir une partie de ses économies en créant un atelier de fabrication de pendules comtoises. Ses forêts fournissaient le bois nécessaire… Mais sa véritable passion était les montres de poche. C’est d’ailleurs lui qui eut l’idée de se faire confectionner une petite poche au revers de ses vestes ou sur ses gilets pour y glisser ses montres…
_ T’es sur de ce que t’avances ?
_ Au jour d’aujourd’hui tout l’ monde se fout de savoir si c’est vrai ou pas. T’as qu’à lancer le truc et regarder comment ça retombe.
_ C’est vrai. Un c.n lance une affirmation. Elle est reprise par Truc qui la refile à Machin. Chose s’en accapare et ça fait le buzz en un rien de temps.
_ D’autant que personne n’a cherché à en vérifier la teneur.
_ Ouais… Mais pourquoi t’inventes ce truc ?
_ Pour mon prochain délire et son titre au jeu de mot encore plus vaseux que les précédents.
_ Tu peux m’en dire plus ?
_ T’as qu’à lire ce qui va suivre…
La Ferr a ri
Oui, vous avez bien lu, La Ferr a ri…
J’aurais certainement du vous présenter le descendant de ce fameux Artémon (…) Gousset du Triviers de Portal, marquis de la Ferr qui n’a conservé depuis la Révolution que le patronyme de La Ferr. Il s’agit aujourd’hui de Baptistin Tancrède Sigfroi La Ferr, appelé plus simplement B.T.S.
_ Ghiles, quand B.T.S. lui à dit de le faire, a ri
_ Sacré Ghiles !
_ Tu l’as dit… C’est bien de lui.
_ Pour sûr !
_ Ouais ! L’est impayable, le vieux. J’y crois toujours pas.
_ A quoi ?
_ Ben, que quand B.T.S. que recevait Ghiles le lui à dit …
_ Lui a dit quoi ?
_ Ben, que Ghiles, quand B.T.S. lui à dit de le faire, a ri.
_ Et Alors ?
_ T’es plus bouché que boucher mon propre Oscar (1), La Ferr a ri aussi !
_ Peut-être, mais je vois toujours pas où tu veux en venir.
_ C’est pourtant simple… Raymond, tu nous remets ça S.T.P.
Et après que Raymond, le patron de l’Auberge bressanne leur ai renouvelé leurs verres, la conversation reprend.
_ C’est parce que La Ferr lui a demandé de réviser sa voiture que le Ghiles a ri.
_ Mais je n’en ai jamais approché une depuis que je travaille. Je n’y connais rien à ces voitures.
_ Vous inquiétez pas, vu comme vous vous occupez des autres, vous y arriverez aussi avec celle-ci.
_ J’en suis moins sur que vous.
_ D’accord, je vous la laisse quand même pour quinze jours. Faites votre possible…
Et sur ces mots, le B.T.S. était reparti en taxi, laissant sa Dino 246GT aux bons soins du père Ducoin. Lequel s’empressa d’appeler à la rescousse D.K. Bocet pour qu’il lui trouve de la documentation. Le défi qui lui était lancé commençait à intéresser le faux retraité. Il se piqua si bien au jeu qu’il parvint à redonner de la vigueur à la belle italienne qu’il avait chouchoutée.
Lorsque son client revint chercher la belle Ghiles eut un petit pincement au cœur. Il n’eut pas de nouvelles de son client pendant trois longs mois jusqu’au jour où il vit arriver dans sa cour une 365 GT4 Daytona suivie d’une 3008.
Ce fut le déclic… Depuis le garage Ducoin est habilité officiellement à la chose.
_ (1) Oscar Thiers-Debeuf, boucher à Trainons lès Piay






29 octobre 2011
R.401 – Faites chauffer la colle !
Pour vos chambres à air …
Pour vos pneus …
Pour tous vos caoutchoucs …
Utilisez la colle Dissoplast ! ...
Aujourd’hui je vous propose …
Non pas un tube …
Non pas deux tubes …
Non pas trois tubes …
Mais cinq tubes de colle Dissoplast ! …
Au prix inouïs de
Non pas vingt francs …
Non pas quinze francs …
Non pas dix francs …
Mais pour cinq francs ! …
Et en plus j’ajoute …
- … Un ballon crevé offert par Jérémi Laffuitte, intervient un comparse déguisé en clown, portant une valise en carton et un ballon sous le bras
-Et pourquoi un ballon crevé ?
- Ben pour voir comment qu’elle fait vot’ colle …
- Montrez moi votre ballon.
Jérémi s’exécute et présente un ballon décousu sur toute la longueur d’une bande de couleur
- Mais il est foutu ce ballon.
- Peut être mais pas ma valise, donnez moi un tube de colle …
- Mais vous êtes fou !
- Donnez vous dis-je.
- Bon d’accord.
Jérémi s’empare du tube et fait semblant de répandre de la colle tout le tour du couvercle de sa valise
- Mais vous êtes complètement fou !
- Quoi ?
Jérémi n’arrivant plus à ouvrir la valise la retourne dans tous les sens et tout à coup, appuyant discrètement sur un coin de son fond celui-ci s’ouvre et libère son contenu de veilles chemises.
Applaudissements du public.


22 octobre 2011
3-130 –J’ai fait un (mauvais) rêve
_ Coupe ! On refait… Monsieur, vous pouvez marcher moins vite ?
_ Je vais essayer. C’est vrai que je marche vite, très vite même. Trop vite pour beaucoup. Mais j’adore marcher. Marcher pendant des heures, le nez au vent. De préférence en ville pour m’imprégner des ambiances des quartiers traversés. Pour faire de la sociologie ou de l’ethnographie de comptoir. Mais ce matin, ce n’est pas pour bader le nez au vent que Nicolas Célacey brave une température très voisine de zéro. Non, c’est pour répondre à l’appel d’une dame qui a su trouver le bon angle d’attaque : le faire parler de nos chères miniatures.
Et il est là à marcher et parler dans la rue. Les passants sont un peu surpris de voir un inconnu se faire filmer. D’habitude c’est une tête connue, artiste ou politique. Là ils ne connaissent pas !
_ Bon, on la refait et vous vous arrêtez au kiosque !
La séquence reprend et il va plus loin. Et cela dure, dure, dure… il marche, remarche, recommence. Il marche… sur place. Il fait du surplace et cela l’agace…
_Hé ! Dis-donc !
Il sort des brumes brutalement. Tout est noir. C’est sa femme, allongée à ses côtés, qui a crié :
_ Pourquoi tu me donnes des coups de pieds ?
_ Excuse-moi, j’ai du rêver.
_ Et à quoi tu rêvais pour me donner des coups de pieds ?
_ Je rêvais que je marchais.
_ Et bien marche de ton côté…
Et elle se rendort. Lui, ne retrouve pas le sommeil. Ce n’est pas dans ses habitudes de faire des cauchemars. Il dort plutôt bien et longtemps. Alors il cherche à comprendre pourquoi celui-ci ? Ce n’est pourtant pas un simple coup de fil qui pourrait le perturber ainsi.
D’accord il ne s’est jamais trouvé devant l’objectif d’une caméra mais il a l’habitude de parler en public. Et il a vu comment faisait les autres. Alors où était le hiatus ? Le hic ?
Arrivé à ce point de cette historiette, l’auteur se trouve piégé dans son récit qui ne cadre plus du tout avec les photos devant l’illustrer. Que faire ? Tout abandonner et commencer un autre récit ? Que nenni. Il lui suffit de se transporter quelques jours plus tard. Lors du tournage effectif…
Et le jour dit, il fait un beau soleil. Il ne fait pas pour autant une forte chaleur. Mais n’oublions pas que nous sommes en automne. Le petit Nicolas – 1 m 65 - se retrouve à vivre son cauchemar. Il doit marcher vers le kiosque à journaux.
_ Coupe ! On refait… Monsieur, vous pouvez marcher moins vite ?




08 octobre 2011
2-125 - Fric-Frac chez les Lefort
Afin de répondre aux lecteurs de ce blog qui se pleignent de l'impossibilité d'accéder aux délires publiés sur les blogs Fcfretrovision et Fcfretrovision2, aujourd'hui fermés suite à la disparition de leur hébergeur, je vais tenter de reprendre sur celui-ci les délires les plus intéressants, sans y toucher une virgule.
Ces délires se distinguent par leurs numéros qui commencent par 1 ou 2 suivant le blog sur lesquels ils ont été publiés en leurs temps. Celui d'aujourd'hui l'a été bien avant la sortie de la barquelle Matra-Simca que l'on voit à l'état de prototype - absence de toute peinture. Les initiés pouvaient ainsi la découvrir en primeur, avant les autres. Bonne (re) lecture.
1ère partie
Touhautour est en émoi. Pensez donc, dès sept heures 30 ce matin le bruit s’était répandu dans tout le village. On avait cambriolé le garage des Lefort.
_ A Bielles ?
_ Non, ici, au bourg
_ ????
_ Ben z’êtes pas au courant ? Z’ont quitté Bielles y a 15 jours
_ Et ils sont où maintenant
_ Ils ont repris le vieux garage Citroën. Z’étaient trop à l’étroit qu’ils ont dit quand ils ont acheté.
_ Ah bon ! Et qu’est-ce qu’on a volé ?
_ Paraît que ça vaut des millions mais z’ont pas voulu le dire… jamais tant vu de gendarmes…
C’est vrai que si l’on s’approche de ce garage l’on voit des voitures de gendarmerie stationnées. Et si vous pouvez entrer ce sont les gendarmes que vous verrez terminant leur enquête de proximité.
Qu’est-il donc arrivé de si grave pour en déplacer autant ?
Pour comprendre il faut remonter quelques heures auparavant.
Ce matin là, lorsque vers 7 h 00 Cédric Lefort fit l’ouverture du garage il eut une intuition. On avait visité les lieux. Aussi avança-t-il avec prudence se contentant de bien regarder partout sans toucher à rien. Cependant tout semblait en place. Tout le matériel coûteux était bien là. Les voitures aussi. Elles semblaient telles qu’il les avait laissées le samedi soir. Et pourtant, au fur et à mesure qu’il poursuivait son inspection le sentiment qu’une visite avait eut lieu ces dernières 24 heures l’envahissait. Voulant en avoir le cœur net il appela son père qui arriva quelques minutes plus tard.
Ils refirent un tour mais ne constatèrent rien de particulier. Il ne manquait rien dans l’atelier de mécanique.
_ T’as dû rêver lui dit son père…
_ Non, j’t’assure. Quelqu’un est entré. Je le sens.
_ Et qu’a-t-il fait s’il n’a rien volé ?
_ J’en sais rien, mais je suis certain que quelqu’un a visité l’atelier.
_ Bon, bon, j’appelle les gendarmes.
Ceux-ci furent rapidement sur les lieux et procédèrent à leur tour à l’inspection du garage. Mais leur investigation se solda par le même résultat. Et pourtant Cédric avait raison. Il y avait bien eut de la visite et même vol. (1)


2-126 Fric-frac chez les Lefort
2ème partie
Sur le coup des 11h30 le téléphone sonna. Rémi Lefort décrocha.
_ Garage Lefort. J’écoute…
_ Papy Rémi, c’est Robinson (2).
_ Bonjour tu veux ton père ?
_ Non. Tu peux aller sur internet ?
_ Tu sais très bien que ce machin là m’intéresse pas.
_ T’as tort Papy. Va sur internet j’ t’ dis.
_ Et pourquoi tiens-tu tant à ce que j’aille sur internet ?
_ Y a des photos du garage.
_ Et alors, c’est permis à tout le monde de photographier les bâtiments.
_ Mais non Papy. Des photos de dedans…
_ Dedans ?
_ Ouais et on voit même tes autos
_ Hein ! Quelles autos ?
_ Ben celles que vous préparez pour le film.
_ T’es au courant de ça aussi ?
_ Ben ouais. C’est écrit sous les photos.
_ Cédric !!! Appelle son père par la porte ouverte, viens ici.
_ J’arrive…
_ Qu’y a-t-il ?
_ C’est ton fils Robinson qui dit qu’il y a des photos du garage sur internet.
_ Et alors ? C’est moi qui les ai mises lorsque j’ai créé le site du garage…
_ Toi ? T’as aussi mis les photos des voitures ?
_ Quelles voitures ?
_ Celles pour le film.
_ T’es fou ou quoi ? C’est top secret ! Non c’est pas moi. Passe-moi Robinson.
_ Robinson ? C’est quoi cette histoire ?
_ Oh Papa, c’est pas une histoire. En cherchant de la doc pour mon exposé je suis tombé sur un blog où y a des photos du garage.
_ Ouais ça Papy me l’a déjà dit.
_ Y a des photos des autos aussi. On les voit mal mais on voit bien que c’est des voitures de courses.
Ils disent qu’elles sont destinées à Lucien Levon pour le tournage de « Le drapeau à damier » sur la carrière d’Alain Jexion.
_ Tu peux me donner l’adresse ?
_ Bien sur. C’est www.jesuiscap.com rubrique vos photos et c’est le troisième sujet d’aujourd’hui.
_ Merci . Je regarde tout de suite.
Et en effet, sur l’écran s’étalent les photos prises par un certain Dexju un peu avant 2 heures du matin.
_ Papa, regarde ! J’avais raison. Quelqu’un a bien visité le garage.
C’est à ce moment là que Martine, la femme de Rémi et en charge de l’administration du garage, se penche aussi sur l’écran.
_ Rémi ! Viens voir ! T’as vu ça ?
_ Quoi ? Qu’est-ce qu’il a encore ?
_ Ben. On a été aussi cambriolé.
_ Hein ! Que dis-tu ?
_ Regarde bien là. Tu ne remarques rien ?
_ Oh merde ! Pardon.
_ Allo ! La gendarmerie ? Faudrait revenir car j’ai un vol à déclarer… Merci.

_ (1) et vous avez-vous découvert ce qui a été volé? Je vous laisse chercher
_(2) 11 ans, fils de Cédric et petit fils de Rémi Lefort
14 août 2011
Tu pisseras moins !
… Tu pisseras moins !
Quel titre ?!?
Moi qui comptais vous présenter l’inauguration, par M. le Maire de … de la réhabilitation du quartier dit des Pieds humides, situé juste en face de l’Assiette bressane. Ben c’est quelque peu raté, à cause du temps qui n’est pas à l’unisson. Séances de photos successives et interrompues par quelques gouttes d’eau. Juste un petit pipi de chat, histoire de me faire ranger le matériel et le ressortir quelques minutes plus tard, pour le replier encore et encore. N’exagère pas ! T’es plus dans le midi aujourd’hui. Trois séances quand même. Mais bon… En voici le résultat.
Oui, je disais… Où plutôt, c’est Albert Villes qui s’en prend à Clément Thalot :
_ T’as raison ! Continues de pleurnicher sur ton sort… Tu pisseras moins !
_ Tu comprends pas ! Moi j’habitais au premier…
_ Et alors, tu vas y revenir maintenant qu’ c’est tout neuf.
_ Ouais, mais j’ai perdu mes repères !
_ Tu parles de repères. Un vrai repaire que ton appart ! Une vraie misère, avec l’eau sur le palier et les chiottes communs à mi étage. T’appelles ça des repères ? Un vrai taudis qu’ t’habitais.
_ P’t’être. Mais j’avais mes habitudes.
_ Tu parles ! Tu pues le pipi de chat à cent mètres à la ronde. Va falloir te laver maintenant…
_Sais pas faire !
Oublions un peu les deux compères, pour faire le tour du propriétaire. Enfin, celui de l’office départemental d’équipement territorial et de l’environnement, en un mot, l’Odéte.
L’Odéte, vient de réhabiliter tout un pâté de maisons dont la maîtrise d’œuvre a été confiée à M. Hervé Waguet. Celui-ci en a profité pour restaurer une petite maison de ville pour parfaire l’ensemble.
Pressé par les prochaines municipales, le Maire de… n’a pas voulu attendre que les finitions soient achevées pour réceptionner les bâtiments. Il a décidé de les inaugurer au plus vite.





