FCF-Rétrovision 3

FCF-Rétrovision 3 est la suite de mes délires en images de la vie d'un canton imaginaire au fil des sorties de voitures miniatures dans les collections presse ou autres.

20 novembre 2013

La ligne rouge

Au bistrot Le Panari d’Horteils, le 12 novembre à 22 h 00. Juste avant sa fermeture.

 

Alors que le patron termine sa grille de mots croisés derrière son comptoir, deux fidèles clients discutent au fond de la salle. Le  Maréchal des Logis Chef Le Croquant, de la brigade de gendarmerie de Cernés et l’inspecteur Fillotte du petit commissariat de Piay.

 

_ Alors Le Croquant ! Tu peux me parler de l’affaire Ribambel ?

_ Celle où le mari avait retrouvé l’amant de sa femme mort devant chez lui et sa femme, morte elle aussi, dans le jardin ?

_ Ouais.

_  Cela s’est passé, il y a plus de vingt ans. C’était à mes débuts.  Mais je m’en rappelle comme si c’était hier.

_ Et pourquoi ça ?

_ Parc’ qu’ j’ai su tout de suite c’était lui qui avait fait le coup. Lui qui avait tué l’une et l’autre. Mais c’était aux enquêteurs de l’élucider.

_ Pourquoi ? Tu n’étais pas sur le coup ?

_ Non, j’ suis pas sur celle-ci. Je débutais et je m’occupais alors des vols de métaux.

_ Mais, pourquoi avait-il fait ça ?

_  Cet homme n’était jamais chez lui. Son travail l’accaparait du matin au soir, et même du soir au matin. Un peu comme nous.

_ Fallait bien que sa femme se distraie, non ?

_ Ça se voit que t’es célibataire Fillotte, pour penser ainsi. Tu dois profiter de l’absence des autres, toi aussi.

_ Le Croquant !

_ Je plaisante, Fillotte, je plaisante.

_ Admettons !

_ En tout cas, il avait un mobile. Il était cocu.

_ Oui, et pas qu’une fois, parait-il.

_ Affirmatif ! Sa femme collectionnait les conquêtes, comme moi les timbres poste.

_ Elle les épinglait ?

_ Quoi ?

_ Je plaisante, moi aussi…  Et selon toi, comment s’y est-il pris, pour les tuer tous les deux ? Sans être vu ?

_ Son bureau n’était qu’à moins de vingt minutes de chez lui.

_ Et alors ?

_ Ça lui aurait demandé près d’une heure pour faire l’aller-retour et leur régler leur compte.

_ Et ?

_ Il ne s’est jamais absenté plus d’une demi-heure ce jour là, en dehors de la coupure de midi où il avait un repas d’affaires.

_ Alors comment en es-tu arrivé à le soupçonner ? C’est bien ce que tu m’as dit ?

_ Euh ? Oui, oui. Je pensais que c’est lui qui les avait tués.

_ Alors, je te repose ma question : Comment a-t-il opéré ?

_ Faut bien connaître le pays ça.

_ Alors, explique !

_ V’la. Tu vois comme sont les rues de Consurt lès Bord ?

_ Hum, ouais. Mais précise.

_ Quand tu viens de Cernès et que tu veux aller à Machouil, tu arrives par la rue du Général de Gaulle, puis tu prends à gauche la rue Jean Jaurès et, encore à gauche, la rue Jules Ferry.

_ Ouais, et alors ?

_ Mais si tu viens Lézieux, tu vas tout droit.

_ Exact, mais j’ vois pas où ça te mène.

_ Ben, pourtant t’as ta réponse sous les yeux.

_ Pourtant j’ vois quedal . J’ suis en plein brouillard.

_ J’l’ vois bien, qu’ t’es dans la panade.

 

Et se tournant vers la patron,

_ Maurice, tu peux nous remette ça ?

_ Ouais, mais c’ sera la dernière, je ferme à la demie.

_ Pas d’ problème. Tu nous connais.

_ Oh, ouais. Que trop…

 

_ Je t’explique… La maison des Ribambel se trouvait rue Jean Jaurès. C’était la grande propriété qu’est sur ta gauche rue du Général, juste avant de prendre la rue…

_ Celle au parc ?

_ Affirmatif.

_ Ça m’avance pas beaucoup.

_ Mais si, tu vois voir.

_ Alors accélère sinon le Maurice va nous foutre dehors avant qu’t’ais accouché.

_ Maintenant, quand t’es dans la Grande rue et qu’ tu vas à Machouil, tu passes devant les anciens bureaux de Ribambel.

_ Et ?

_ Le père Ribambel disait mettre un peu plus de vingt minutes à pieds pour se rendre de chez lui à son bureau ou pour en revenir.

_ Et ?

_ Tu commences à m’agacer avec tous tes « Et ? »

_ T’as qu’à aller plus vite.

_ D’accord, d’accord, j’accélère. Mais gaffe à l’excès de vitesse. C’est limité à 30 dans le patelin.

_ Toujours le mot pour rire, Emile.

_ Faut ben. J’e disais donc que le père Ribambel affirmait qui lui fallait au bas mot, disons 25 minutes pour aller de chez lui à son bureau. Ou en revenir… Et bien moi, j’ t’ dis qu’il pouvait mettre beaucoup moins que ça… Et c’est ce qu’il a fait. Vu que c’était un gars du pays.

_ Ah !

_ Même moi, qui n’était à Cernès que depuis cinq ans, j’ connaissais son truc.

_ Et c’était quoi, son truc ?

_ Une traboule, comme y disent à Lyon. J’en utilisais une dans mon enfance à St Rambert en Bugey pour relier le quai de l’Albarine à la rue Centrale. Et comme celle de Consurt, elle avait un coude en son milieu. Ce qui la rendait très discrète. Elle reliait – et relie encore aujourd’hui - la rue Jean Jaurès à la Grande Rue presqu’en face de ses bureaux.

_ Et tu penses qu’il était passé par là ?

_ J’ n’ vois que cette solution pour être chez lui en moins de cinq minutes. Là il surprend les amants sur le fait et les abats tous les deux.

_ Sauf qu’on les retrouvera à l’extérieur de la maison.

_ Affirmatif. L’amant a pu courir jusqu’à la rue où il s’est écroulé, expirant. Par contre, c’est lui qui a transporté sa femme le long des grilles.

_ Très intéressante, ton histoire. M’ fais penser à mon Commissaire.

_ Quoi ? Tu m’intrigue à ton tour.

_ Ben quand on l’appelle chez lui, il nous répond qu’il sera au commissariat dans un quart d’heure et nous le voyons accourir en moins de trois minutes. Il doit avoir lui aussi un passage secret.

_ Peut-être.

 

C’est le moment que choisit Maurice pour lancer son célèbre : _On ferme !

_ Allez, à demain patron.

 

 

Et quelques jours plus tard, à l’heure de rentrer chez soit, le Commissaire Mortier demande à l’inspecteur Fillotte de le ramener chez lui avec la voiture de service. La nuit est tombée depuis un moment. Et l’éclairage public est des plus parcimonieux.

 

Mais avant de poursuivre, je me dois d’apporter la précision suivante. Le Commissaire Mortier, de son nom complet Mortier de Canon du Fort, habite depuis quelques mois une belle propriété bourgeoise, au fond d’un parc, appartenant à sa maitresse, Eglantine Jepic.

 

Alors que la voiture approche de l’entrée de la propriété, le faisceau des phares accroche une masse allongée près de celle-ci. L’inspecteur Fillotte descend de voiture et s’approche. Il découvre avec stupeur un corps immobile avec deux impacts de balles dans le dos.

 

_ Merde. On dirait Jepic, lui lance le Commissaire Mortier en s’approchant à son tour.

_ Z’avez une bonne vue Patron, lui réplique Fillotte en se retournant. Faut appeler du renfort.

_ Venez téléphoner de la maison. Ça sera plus sûr que la radio.

_ C’est vous le chef, Patron !

 

Ils remontent dans la Traction et franchissent les grilles ouvertes mais ne vont pas loin. Brutal coup de frein.

_ Et re merde, lance cette fois-ci l’inspecteur Fillotte. J’ crois qu’y en a un autre.

_ Où ça ?

_ Sous le sapin.

 

Effectivement, il y a le corps d’Eglantine Jepic qui git sur la pelouse.

 

_ C’est le pompon s’écrit le Commissaire Mortier, tout en conservant un calme apparent. Faut téléphoner au plus vite.

_ Non, Commissaire, je crois que je vais me servir de la radio.

_ Mais pourquoi ?

_ Parce que vous avez franchi la Ligne rouge. Voila pourquoi je vous arrête.

 

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Posté par Trebor Yles à 14:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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