FCF-Rétrovision 3

FCF-Rétrovision 3 est la suite de mes délires en images de la vie d'un canton imaginaire au fil des sorties de voitures miniatures dans les collections presse ou autres.

17 juillet 2012

L'allume cigare

Mise en garde préventive - Fumer nuit à la santé et tue. Et l’abus d’alcool est mauvais pour la santé.

 Désiré Jean Thomas Debriqs était le PDG des établissements Debriqs & Debrock, spécialisés depuis 1824 et petit à petit, dans la fabrication et le négoce de certains matériaux de construction. Plus exactement de tout ce qui est canalisations en béton. Aujourd’hui on appellerait ça des préfabrications béton : tuyaux, regards, etc.

 Déjanté, comme le surnommaient ses employés (1), avait coutume d’aller chaque matin faire le tour de l’usine de fabrication qui jouxtait son bureau. Très paternaliste. Voire un peu trop au goût des rares syndiqués de la boîte. Il aimait s’imprégner de l’odeur de ciment qui se dégageait des moules et de s’enquérir des problèmes de chacun.

 Il avait aussi comme habitude, de retour de son déjeuner d’affaire, ou non, de fumer un bon Havane, vautré dans le Churchill de son bureau. Un vieux Chesterfield en cuir à haut dossier où, selon la légende familiale, le célèbre ex premier ministre britannique aurait posé son auguste séant  lors de sa visite de l’usine à la fin des années 1940, à l’invitation de son grand-père qui l’avait connu à Londres pendant la guerre de 1939/1945.

 Cet après repas là, il était furax de chez furieux. Un incident de fabrication l’avait retenu à l’usine plus qu’il ne l’aurait souhaité et fait rater le rendez-vous de la quinzaine du Cercle des patrons locaux.  Il s’empara du Havane qu’il avait préparé et l’alluma. Et il fut surpris… agréablement surpris. Il s’apaisa. Se calma. Se détendit. Retrouva une certaine quiétude au fur et à mesure qu’il le fumait. Il quitta le Churchill pour s’installer à son bureau et reprendre ses activités normales.

 Les jours suivants, il ne retrouva pas les mêmes sensations en fumant son cigare. Les jours passant, il n’y prêta plus cas jusqu’à son retour du Cercle. La réunion avait été agitée. Les propos échangés peu amènes. Faut dire que c’était fréquent à l’approche des élections législatives. D’accord, ils avaient tous la même orientation politique, mais c’était sur le – ou plus exactement les – nom(s) des postulants à soutenir qu’ils se chamaillaient. Mais aussi sur les compensations à obtenir en échange de leur soutien.

 Toujours est-il qu’il en revint avec un bon bourdon, son candidat n’ayant pas été retenu pour ce coup ci. Il s’enferma dans son bureau et prit le cigare habituel. Il le trouva un peu humide au toucher mais commença à tirer dessus. Et, comme l’autre jour, il retrouva les mêmes sensations apaisantes.

 Curieux, il tenta d’analyser ce qu’il ressentait exactement. Outre le fait qu’il se calmait, il finit par percevoir que son cirage dégageait une odeur différente de celle à laquelle il était habitué. Un peu moins âpre, un peu mielleuse. Il se remémora l’époque où son père, grand amateur de pipes, fumait de l’Amsterdamer, ce tabac qui sentait le miel… (2)

 Mais pourquoi ce cigare dégage-t-il cette odeur particulière aujourd’hui ? A bien y penser on dirait que celui de l’autre jour avait la même odeur. C’est pourtant pas à cause de mes contrariétés tout de même ? pensa-t-il.

 Et pourtant si…

 Le phénomène se reproduisit trois jours plus tard lorsqu’un de ses clients importants lui signala qu’il traiterait à l’avenir avec un fournisseur italien, moins cher, mettant fin à près de vingt-cinq ans de collaboration.  Le coup avait été rude et le cigare le bienvenu.

 Voulant en avoir le cœur net, Déjanté entreprit de réfléchir comment ses cigares pouvaient avoir une saveur différente en raison de son humeur. Il analysa le contenu de la boîte de Havanes contenue dans le deuxième tiroir de son bureau. Tiroir toujours fermé à clé et qu’il n’ouvrait, chaque matin, que  pour extraire le cigare qu’il fumerait après le déjeuner. Tous les cigares avaient la même texture, le même toucher, le même arôme…

 Déçu il replaça la boîte dans le tiroir et le referma. Choux blanc pour aujourd’hui se dit-il. Il se remit à ses occupations habituelles.

 Le lendemain matin, il sortit le cigare qu’il fumerait plus tard et le posa délicatement à l’emplacement habituel et repéra la position de la bague. A son retour au bureau après son repas, le cigare n’avait pas bougé et ne lui procura que le plaisir de le fumer.

 Ce n’est que le quatrième jour qu’il y eut du nouveau.  Ce jour là, il y eut un mouvement hostile parmi les ouvriers chargés de la fabrication des regards. Ils réclamaient une augmentation. Juste après que l’autre crétin venait de l’abandonner pour trouver moins cher ailleurs. Ce n’était pas le moment leur répondit-il. Faudrait d’abord travailler plus.

 Tiens un précurseur !

 Ce jour là, au moment de se saisir de son cigare, il constata qu’il avait bougé. Oh il était bien à sa place mais il semblait avoir tourné. L’image de la bague était un peu sur le côté. Pourtant, et il en était sur, il l’avait bien posé à plat et ne l’avait plus touché. Il le prit et le huma, comme il le faisait tous les jours. Il constata sa légère humidité et l’alluma malgré tout. L’effet apaisant se produisit à nouveau.

 Le mystère s’épaississait jusqu’à ce qu’il se décide à appeler sa secrétaire.

 _ Oui Monsieur !

_ C’est vous Martine qui êtes entrée dans mon bureau avec le courrier ?

_ Non Monsieur !

_ Pourtant il y a M.L.  sur le parapheur…

_ Peut-être, mais aujourd’hui c’est Monica qui s’en ait chargée.

_ Vous pouvez me l’envoyer ?

_ Bien sûr Monsieur.

_ Merci Martine.

 Et Monica de faire son entrée dans le bureau. Pas terrible la donzelle se dit-il en lui-même. Faudrait qu’elle perde quelques kilos et qu’elle change de lunettes. Et puis qu’elle change de coiffure. Qu’elle troque ses bésicles et défasse son chignon. La voila habillée pour l’hiver.

 _ Vous m’avez faite appelée Monsieur ?

_ Oui Monica. C’est bien vous qui avait apporté ce parapheur ?

_ Oui Monsieur.

_ Et vous n’avez rien touché sur ce bureau ?

 La voyant rougir, Déjanté sentit la tension monter en lui.

 _ Parlez sans crainte. Qu’avez-vous touché ?

_ … Votre… cigare, Monsieur.

_ Puis-je vous demander pourquoi ?

 Et elle de rougir davantage. A en devenir tel un feu de signalisation… Et de fondre en larmes.

 _ Manquait plus que ça maintenant… Reprenez-vous ma petite. Et dites-moi plutôt de quoi il en est.

 Elle finit pas sécher ses larmes et lui avoua qu’elle redoutait les coups d’humeur de son patron et qu’elle avait décidé de faire comme sa cousine lui avait dit qu’elle faisait dans le claque où elle œuvrait. Elle c’était contentée d’humidifier le cigare à sa façon et de le reposer à sa place. Voulait-il voir comment elle avait opéré ?

 _ Si ça peut vous soulager. Lui avait-répondu.  Elle ne se fit pas priée…

 Suivant les conseils avisés de Déjanté elle opéra en quelques semaines une véritable mue tant vestimentaire et que corporelle au point que les visiteurs qui passaient par le secrétariat n’eurent plus d’yeux que pour elle. Mais elle conserva son secret pour le seul bénéfice de Déjanté qui lui donna bientôt le poste occupé par Martine dont le seul tort était de ne pas avoir su humidifier les cigares de son patron. Alors qu’elle, elle avait trouvé un autre cigare à …

 … Au fait, j’ai oublié de vous donner le nom de famille de Monica…  Lewisky.  

 Non juste une fausse homonymie encombrante.

 

 _ (1) (pour D. Jean T.)

_ (2)  Cette odeur de miel n’était en fait perçue que par ceux qui étaient auteur du fumeur, pas par lui-même. Allez savoir pourquoi ?

 

3-131_GR01_Cigare


 

 

 

 

 

Posté par Trebor Yles à 11:55 - C'était hier - Commentaires [0] - Permalien [#]

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